Aller au contenu principal

Description

Peggy Zürcher, enseignante à l'école de Saint-Imier en Suisse, présente dans cette vidéo (12'18) un exemple de mise en œuvre de l'atelier philosophique avec des enfants âgés de 6 à 8 ans. Ce projet porte sur la question de l'utilité des animaux, et se déroule en 7 étapes, décrites avec précision.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification
  • Paternité

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+1
  • Bac+2

Objectifs de Développement Durable

  • 4. Education de qualité

Thèmes

  • Education à l'environnement et au développement durable
  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

éducation à l'environnement et au développement durablephilosophie
La pédagogie par projet
La pédagogie par projet
Un exemple de mise en œuvre de la pédagogie par projet à l'école primaire
Un exemple de mise en œuvre de la pédagogie par projet à l'école primaire
Un exemple de mise en œuvre de la pédagogie par projet dans l'enseignement secondaire
Un exemple de mise en œuvre de la pédagogie par projet dans l'enseignement secondaire
L'objet FABuleux, un exemple de pédagogie par projet
L'objet FABuleux, un exemple de pédagogie par projet
Les questions socialement vives et les controverses
Les questions socialement vives et les controverses
Traiter les questions socialement vives à l'école primaire : le conte, déclencheur du débat
Traiter les questions socialement vives à l'école primaire : le conte, déclencheur du débat
Un exemple de mise en œuvre des controverses dans l'enseignement secondaire
Un exemple de mise en œuvre des controverses dans l'enseignement secondaire
Un exemple de mise en œuvre des controverses dans l'enseignement supérieur
Un exemple de mise en œuvre des controverses dans l'enseignement supérieur
Le débat et les discussions à visée philosophique
Le débat et les discussions à visée philosophique
La discussion à visée philosophique en lycée
La discussion à visée philosophique en lycée
Le débat et les discussions à visée philosophique dans l'enseignement supérieur
Le débat et les discussions à visée philosophique dans l'enseignement supérieur
Fondements de la pédagogie critique
Fondements de la pédagogie critique
Exemples de mise en œuvre de la pédagogie critique
Exemples de mise en œuvre de la pédagogie critique
Stratégie pour une démarche globale en éducation à l'environnement et au développement durable à partir de l'exploration du milieu de vie
Stratégie pour une démarche globale en éducation à l'environnement et au développement durable à…
Qu'est-ce qu'une enquête ?
Qu'est-ce qu'une enquête ?
Mettre en œuvre la pédagogie de l'enquête en éducation au développement durable
Mettre en œuvre la pédagogie de l'enquête en éducation au développement durable

Contributeurs

Peggy Zürcher

Télécharger le fichier

Peggy Zürcher, Enseignante, École de Saint-Imier (Suisse)

Le but de ce projet est de mener les élèves, par une réflexion philosophique, à prendre conscience du développement durable. Ces ateliers philosophiques ont été menés dans le Jura Suisse dans deux classes d’introduction, avec des élèves âgés entre 6 et 8 ans, ayant des difficultés diverses. Nous les enseignants de ces deux classes, travaillant pour plusieurs leçons en corps enseignement, ou en groupe d’âge mélangé. Dans ce projet, les deux classes sont séparées en trois groupes hétérogènes. Je m’occupe d’un des groupes en alternance avec mes collègues. J’ai décidé de prendre ce temps pour faire ces ateliers philosophiques. Mes collègues le prenant pour d’autres leçons comme les mathématiques ou le français. Il faut au moins 7 étapes pour mener à bien ce projet, qui s’étend sur une durée de 6 semaines, à raison de 3 leçons par semaine. 

Pour démarrer ce projet de discussions philosophiques en éducation durable, une première pour moi. Je décide d’utiliser le matériel fourni gracieusement par Samuel Heinzen et de me l’approprier. Lors de la première séquence, je distribue à chaque élève un personnage de papier fort, qu’il peut décorer à sa manière. Ce sera son porte-parole pour ces moments de discussions. Le matériel offre aussi un sympathique tapis représentant un village composé de charmantes maisonnettes. Tout va se passer sur la place du village. À chaque séquence, le puits aux questions plonge les élèves dans une nouvelle réflexion. L’arbre de la certitude permet à l’enfant d’affirmer une idée. Le jardin des doutes quant à lui, place l’enfant dans une situation de questionnement. Il ne sait pas encore si son idée est vraiment déterminée. Lors du début de séance, chaque enfant vient se réunir sur le tapis en amenant son personnage autour du puits. Avant de commencer la séquence, je rappelle les règles de respect et d’écoute mutuels. Ensuite chaque élève, lorsqu’il prend la parole doit positionner son personnage ; soit en le plaçant sous la roue de la certitude, "je suis sûr de ce que je pense, voilà pourquoi", ou alors dans le jardin des doutes, "je ne suis pas sûre de ce que je dis, mais cela me questionne". L’élève a aussi la possibilité de ne pas bouger son personnage, mais il doit aussi nous dire alors pourquoi. Chaque idée est reçue avec bienveillance. Il n’y a pas de mauvaise idée, mais simplement des idées différentes qui méritent d’interroger et de questionner ses propres représentations sur le sujet. Je vais maintenant vous exposer un exemple pratique. 

La question philosophique du jour choisi par mes soins était : est-ce que tous les animaux sont utiles ? 

Tout de suite, les élèves parlent de l’utilité des animaux pour se nourrir. Pour eux, les animaux ne sont donc utiles que pour manger leur viande. Je demande alors si pour ceux qui sont végétariens, les animaux sont quand même d’une certaine utilité. Sur cette question, les enfants pensent que non, ils déplacent leurs personnages. Etan me parle alors du lait et du fromage et la discussion se poursuit, mais tourne toujours autour de la nourriture. Thomas me dit aussi que s’il n’y avait pas d’animaux, on serait morts, mais il ne peut expliquer pourquoi. J’essaie de me défaire du rôle de la nourriture, en leur demandant si les moustiques sont utiles pour eux ? Alors voilà que tous s’exclament qu’évidemment non, les moustiques ne sont pas utiles. Ils déplacent leurs personnages. Pourtant Thomas pense qu’ils doivent avoir une utilité, comme les abeilles, car c’est sa maman qui lui a dit. Mais il ne sait pas laquelle. Adam dit que le moustique empêche que l’on ait trop de sang dans le corps. Et ceux qui ne se sont pas fait piquer alors ? Je demande : ont-ils trop de sang ? Je propose alors que l’on cherche ailleurs des informations sur le sujet. Je clos le débat en leur disant qu’il faut absolument que l’on s’informe sur les moustiques, notre corps et l’utilité des animaux. Libraty n’est pas sérieux dans les chemins de savoirs en maternelle, explique très bien le désarroi dans lequel l’enseignant peut se trouver en menant un débat avec de jeunes enfants, de surcroît en difficulté. Elle mentionne cette activité foisonnante de débats et parfois très déstabilisante pour l’enseignant. Ces informations paraissent aussi disparates qu’approximatives, voire imaginaires. Et pourtant, c’est dans leur mise en relation, c’est dans cette association un peu sauvage d’idées, que se révèle une pensée qui se cherche. Les détours, les anecdotes révèlent un cheminement mental, chaotique parfois, mais peut-être pas autant qu’il y paraît. 

Et c’est là que le rôle de l’enseignant devient délicat, je trouve. Poursuivre le débat en relançant les élèves sans trop les influencer, mais tout en les questionnant et en les bouleversant dans leurs raisonnements ? De plus, il est parfois difficile de maintenir l’attention de jeunes élèves avec des difficultés soit de comportement, d’hyperactivité, ou même de langage. C’est, pourquoi je décide de varier les séquences de réflexion en apportant du matériel divers pour relancer le débat. 

Je vais utiliser la bibliothèque municipale. C’est-à-dire que comme nous nous rendons chaque mois avec les élèves à la bibliothèque, nous avons le loisir de chercher des livres sur le thème traité. Soit je prends quelques livres de référence dans lesquels nous pouvons chercher des informations, soit ce sont les élèves qui ont la mission de le faire. Dans le cas de la question de l’utilité des animaux, j’amène d’abord en classe des livres sur les insectes, les animaux en général et le corps humain que je choisis. Ensuite lors de la session suivante, autour de ce même thème, je laisse les élèves s’intéresser aux livres autour du tapis de philosophie. Et je prête ma lecture aux intérêts qu’ils portent sur les images des documentaires qu’ils consultent. C’est ainsi que nous apprenons que les grenouilles mangent les insectes, dont les moustiques. Chelsea découvre la chaîne alimentaire et se demande si on élimine un animal, si les autres ne sont pas touchés ? J’ai aussi emmené un livre sur les animaux disparus. Certains élèves se demandent alors, comment on a fait pour survivre ? Le monde s’est-il adapté ? D’autres élèves trouvent que c’est bien dommage de ne pas rencontrer tel ou tel animal, qu’ils étaient bien jolis. Mais Lucas quant à lui, pense quand même que c'était bien que les dinosaures aient disparu, sinon ils auraient pu tous nous manger, ou peut-être même, nous écraser. Isaac, en regardant un livre sur le chat, me dit tout à coup que les animaux sont aussi importants, simplement pour être caressés. Du coup, Iris dit que certains animaux nous font juste du bien. Cameron rajoute que c’est beau dans la nature, un animal en liberté. Les enfants autour des livres sont plus actifs et aussi moins dissipés, je trouve. L’écran aide les plus jeunes à lire. Il y a de nombreuses discussions à deux ou trois, que je ne peux malheureusement pas totalement enregistrer. 

Je poursuis la réflexion en amenant de vieux magazines du National Geographic comprenant passablement d’images d’animaux et demandant aux élèves de les classer soit sur une des deux affiches. Soit sur l’affiche, cet animal est utile, ou alors cet animal n’est pas utile. Chaque collage nécessite une prise de position de l’élève. Ce qui m’a semblé très intéressant dans cette démarche, c’est que sur les 23 élèves questionnés, tous ont trouvé que l’animal qu’ils ont découpé a une quelconque utilité, selon eux. La deuxième affiche a donc tout naturellement accueilli des animaux également utiles. Dans cette phase de travail, les argumentations se sont étendues sur l’utilité des animaux. Voici donc maintenant quelques argumentations concernant l’utilité justement de ces animaux. Les dromadaires aident les hommes dans le désert, remarque Sabrié. On offre du poisson pour nourrir les pauvres au Kosovo, se souvient Jelson, en parlant de son pays d’origine. "Le chat est utile, car il est mon ami", dit Isaac. "Et si les lions n’existaient pas maîtresse, peut être qu’il y en aurait trop de gazelles", s’exclame Mael. "Et les requins, moi je trouve qu’ils sont très intéressants à observer", dit Ethan. "Moi j’aime aussi les dauphins, car on peut les toucher, mais parfois il est pris dans les filets et il meurt et que c’est triste", me dit Magali. "Les araignées sont utiles, elles mangent des insectes", remarque Loïc. 

La sixième étape a été de réaliser une affiche sur un animal choisi pour pouvoir le présenter aux camarades des deux classes. Pour aider à la réalisation de cette affiche, les élèves prennent un animal pour deux. La première étape de cette phase du projet est d’aller chercher de nouvelles informations à la bibliothèque. De retour de cette même bibliothèque, chaque élève essaie de s’informer sur les différentes rubriques de l’affiche. Les enfants discutent ensemble, les plus grands, de nouveau s’essaient à la lecture et à l’écriture et aident les plus jeunes. Cependant, comme ces élèves ont passablement de difficultés, je dois les aider tant pour lire que pour écrire. Nous utilisons également le support d’internet pour les rubriques auxquelles les livres ne répondent pas. Il y a passablement de discussions autour de la rubrique ayant pour titre : Cet animal est-il menacé ? Les enfants sont surpris de voir que l’homme est presque toujours responsable de la disparition des animaux. Comme pour les éléphants et les aras verts, avec le braconnage. Les requins et la pêche cruelle. Le grand gorille et la déforestation. Même les serpents, comme le cobra d’Asie Centrale est menacé en raison de l’introduction d’animaux non indigènes comme le chat, le chien et la mangouste. Une réelle prise de conscience que l’homme est souvent le plus dangereux prédateur de l’équilibre précaire de notre planète frappe beaucoup les enfants. Ils ont tout à coup une autre vision du zoo, de la liberté du règne animal. Plusieurs se demandent si c’est normal de pouvoir garder pour soi des animaux en cage, pour notre propre plaisir. Nous parlons aussi de la domestication, au travers du chat et d’autres espèces. Les enfants souvent en admiration devant l’animal qu’ils ont choisi, ou le croyant invincible de par sa force, comme l’éléphant, le cobra, le gorille ou le requin, sont stupéfaits qu’ils puissent être menacés. 

Lorsque la phase d’ébauche sur l’affiche est terminée, les enfants, par deux, se mettent à l’ordinateur, l’un dictant les lettres à l’autre et le deuxième, qui les tape. La phase de présentation des affiches peut alors commencer après une répétition en aparté, pour se préparer à parler en public. La phase finale de cette démarche est de retourner autour du tapis de philosophie et de se repositionner pour que l’élève puisse évoluer encore, affiner ses représentations et continue de construire son savoir et sa réflexion bouillonnante sur le monde. En déplaçant la question et en demandant aux élèves : faut-il protéger les animaux ? Et si oui, comment ? 
 
Malheureusement, à l’heure actuelle du projet, cette phase n’a pas encore été réalisée par manque de temps. Mais je suis certaine qu’elle sera très riche. Si j’avais encore une seule chose à vous dire sur ces ateliers philosophiques, ce serait : laissez-vous surprendre ! Essayez, accompagnez vos élèves sur ce terrain magnifique. Laissez-les construire leur représentation au travers des débats philosophiques. Et si comme moi, vous avez affaire à une population différente en marge, ayant besoin d’autres moyens que la parole seule. N’ayez pas peur d’essayer autrement. D’utiliser cet outil tellement riche de l’interdisciplinarité, et de décloisonner vos leçons.