Aller au contenu principal

Description

Vaia Tuuhia, déléguée générale de l'Association 4D, aborde dans cette vidéo (13'05) l'appropriation des Objectifs de Développement Durable (ODD) par les citoyens. Elle souligne la nécessité de prendre appui sur le quotidien des gens, de les faire participer à la construction d'un avenir souhaitable, et de leur proposer une mise en récit positive de notre avenir. Plusieurs initiatives de la société civile en faveur des ODD sont mises en avant.

Niveau

  • Bac+1
  • Bac+2

Langues

  • Français

État

  • Labellisé

Thèmes

  • Objectifs de Développement Durable
  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Licence Creative Commons

  • Pas de modification
  • Partage des conditions à l'identique
  • Paternité
  • Pas d'utilisation commerciale

Nature pédagogique

  • Animation
  • Cours

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

ODDobjectifs de développement durable
Les acteurs s'emparent des ODD
Les acteurs s'emparent des ODD
Les ODD, des acteurs engagés pour le bien commun
Les ODD, des acteurs engagés pour le bien commun
Les ODD peuvent-ils structurer l’action de la société civile ?
Les ODD peuvent-ils structurer l’action de la société civile ?
L’Agenda 2030, agenda pour et par la jeunesse
L’Agenda 2030, agenda pour et par la jeunesse
Comment les entreprises participent-elles à l’intérêt général dans le monde ?
Comment les entreprises participent-elles à l’intérêt général dans le monde ?
Quels acteurs doivent se mobiliser pour atteindre les objectifs sociaux ?
Quels acteurs doivent se mobiliser pour atteindre les objectifs sociaux ?
La mobilisation des acteurs financiers autour des ODD
La mobilisation des acteurs financiers autour des ODD
Comment parler des ODD ? Les médias devant le long terme
Comment parler des ODD ? Les médias devant le long terme
Comment répondre à l'impératif d'une large mobilisation pour les ODD ?
Comment répondre à l'impératif d'une large mobilisation pour les ODD ?

Contributeurs

Vaia Tuuhia

Télécharger le fichier

On réussira les ODD avec les citoyens

Vaia Tuuhia,Déléguée générale de l'Association 4D
 

Les ODD sont pour les citoyens et seront réalisés avec les citoyens. Il suffit juste de se souvenir de ce paragraphe dans l’agenda 2030, le texte fondateur des Objectifs de Développement Durable : "Au nom des peuples que nous servons, nous avons adopté un accord historique portant sur une série complète d’objectifs et de cibles à caractère universel, qui sont ambitieux, axés sur l’être humain et porteurs de changement". Ces deux derniers thèmes, "axés sur l’être humain et porteur de changement", sont très importants, et même essentiels. On ne réussira pas les Objectifs de Développement Durable si on ne garde pas en tête qu’ils sont là pour réaliser un bien-être pour toutes les personnes, tous les peuples sur la planète. Une fois qu’on a dit ça, on se rend compte à quel point c’est compliqué. On l’a vu précédemment : c’est beaucoup d’objectifs, beaucoup de cibles. Comment rendre cet agenda, somme toute assez compliqué, accessible à tout un chacun ?

On se livre à un petit exercice. Celui que je peux faire en priorité, c’est de vous raconter un quotidien. Celui que je connais le mieux, c’est encore le mien. Je le fais de temps en temps dans des médiations quand je vais dans des classes, mais aussi quand on le fait dans des ateliers citoyens. J’habite pas loin de Paris, en proche banlieue. Je prends le métro tous les matins. Je suis à moins de dix minutes d’une première station de métro. Je me dis qu’il y a le projet de Grand Paris, je pourrais peut-être avoir des accès encore plus faciles, surtout si je veux aller de banlieue en banlieue. Le matin, ce que j’apprécie, c’est que je traverse un petit bois. J’ai une petite sensation de fraîcheur particulièrement agréable les jours de canicule. Quand je sors  du métro à Gare de l’Est, ce n’est plus du tout pareil. Je sens une chaleur très oppressante. Je suis, comme beaucoup de personnes, dans le métro aujourd’hui, je vois de plus en plus de personnes exclues, de personnes en grande précarité. J’ai envie de me dire ce qui est encore dans le préambule de l’agenda 2030 : "Nous aspirons à un monde libéré de la pauvreté, de la faim, de la maladie et du besoin, où chacun puisse s’épanouir, un monde où tous jouissent d’un accès équitable à une éducation de qualité, à tous les niveaux, aux soins de santé et à la protection sociale, où la santé physique et mentale et le bien-être social soient assurés". Je ne vois pas quelque chose d’abstrait et d’onusien : je vois mon quotidien, et c’est dans le métro. On voit bien que ces Objectifs de Développement Durable, on peut les raconter dans le quotidien des personnes. C’est un premier pas pour aller chercher les citoyens et pour leur expliquer pourquoi, aujourd’hui, on a besoin de cet agenda et pourquoi cet agenda est fait : pour eux et pour être réalisé aussi avec eux.

En racontant juste une petite matinée de ma vie, j’ai parlé de l’artificialisation des sols, ODD 15. J’ai parlé des transports, ODD 11. J’ai parlé de pauvreté et d’inégalités, ODD 1 et ODD 10. J’ai parlé du changement climatique, ODD 13. C’est un changement de posture. C’est une façon d’essayer de se mettre à la portée d’hommes et de femmes qui ne connaissent pas nécessairement cet agenda, mais qui pourraient vraiment y participer. On a besoin d’eux. On est de nombreuses associations et de nombreux acteurs à savoir aujourd'hui qu’on a besoin des citoyens. Mais une fois qu’on a dit ça, on se rend bien compte de la difficulté de pouvoir embarquer toutes ces personnes. Ça fait depuis trente ans qu’on parle de développement durable, je fais référence au rapport Brundtland, et il y a encore d’autres historiques, mais d’ici 2030, il nous reste 4000 jours. L’intérêt est de pouvoir accélérer et accélérer avec tous les acteurs. Pourquoi est-ce qu’aujourd’hui, on ne peut plus rester dans du business as usual ? On a déjà dépassé trop de seuils. Cette année, c’était le 5 mai, c’était le jour du dépassement planétaire. Si tout le monde vivait comme les Français, on aurait besoin de deux planètes pour pouvoir renouveler, chaque année, les ressources de cette planète pour répondre à nos modes de vie. Donc il s’agit bien de mode de vie aujourd’hui.

Plus de 40% de notre empreinte écologique correspond à notre seule alimentation et à nos logements. On a les solutions aujourd'hui pour pouvoir se fournir en légumes et en viande différemment. On sait comment isoler les logements. Des dispositifs se mettent en place. Bien sûr, ce ne sont que des balbutiements, mais on peut encore aller plus loin. On a donc les moyens d’agir. Si on a besoin de parler des ODD dans le quotidien des gens, c’est qu’on voit bien qu’il faut qu’on dépasse les écogestes pour véritablement parler de mode de vie. C’est ce qu’on fait, par exemple, dans des centres sociaux.

Pour embarquer les citoyens dans les Objectifs de Développement Durable, il y a aussi une deuxième idée reçue qu’il faut réussir à dépasser. "L’environnement, le social, ce ne sont pas leur première préoccupation", pas tant que ça. On travaille sur des budgets participatifs. On fait émerger des projets, notamment dans le centre social de Tanger. Instinctivement, sans que ce soit téléguidé, les projets qui seront proposés correspondront à du lien social, du cadre de vie, plus de vert, plus de nature en ville. Si vous prenez la plupart des propositions quand on se met en tant que citoyen et quand on veut agir à sa portée, ce sont ces thématiques qui ressortent : la sécurité, la ville numérique, la propreté, n’arrivent pas du tout en priorité, ils passent après ces sujets. Par contre, c’est vrai que si vous demandez à des citoyens comment ils voient l’évolution des ODD, et notamment comment ils veulent mesurer les actions faites par les États ou par les entreprises, on va revenir sur des objectifs plus traditionnels qui sont ceux de l’emploi, l’éducation, la santé. Mais ne les prenons pas les uns indépendamment des autres. Si vous les prenez tous ensemble, dans leur indivisibilité, dans leur universalité, alors on entend la petite musique des Objectifs de développement durable derrière cette économie, derrière cette industrie, derrière la santé, derrière l'éducation. "Nous aspirons à un monde où soient universellement respectés les droits de l'homme et la dignité humaine, l'état de droit, la justice, l'égalité et la non-discrimination, un monde où la race, l'origine ethnique et la diversité culturelle soient respectées, un monde où règne l'égalité des chances pour que le potentiel humain soit pleinement réalisé et la prospérité partagée, un monde qui investisse dans ses enfants et où chacun d'eux grandit à l'abri de la violence et de l'exploitation". On voit derrière cette phrase et derrière les réponses spontanées des citoyens, cette aspiration pour un monde meilleur, pour un monde qui, je le répète, se préoccupe du bien-être de tous. Les Objectifs de Développement Durable promettent un avenir meilleur et peuvent embarquer un certain nombre d'acteurs, les États, les entreprises, les collectivités, jusqu'aux citoyens. On les embarquera d'autant plus facilement qu'on pourra leur raconter des perspectives. C'est très différent de ce qu'on entend, aujourd'hui, dans les médias, des faits qui sont plutôt catastrophiques, des signaux d'alerte à tout moment, et très peu de solutions qui nous permettent de dire qu'on peut transformer ce monde.

Avec les Objectifs de Développement Durable, on a une force, une dynamique, et peut-être un outil pour gagner du terrain sur la bataille des idées, des idées qui soient différentes de ce qu'on entend aujourd'hui sur le repli sur soi, ou sur les crises, voire l'effondrement. Peut-être qu'il y aura, effectivement, un certain nombre de bouleversements. À ce moment-là, les Objectifs de Développement Durable peuvent être, au pire, une politique de résilience, une sorte d'airbag pour les citoyens, et au mieux, peut-être le récit d'un avenir meilleur. Pour que les citoyens prennent part aux Objectifs de Développement Durable, un certain nombre d'organisations font de plus en plus preuve de créativité. Elles veulent essayer de créer des dynamiques enthousiasmantes.

En mars dernier, j'étais à Bonn au Festival d'action des Objectifs de Développement Durable organisé par l'ONU. Il y avait une multitude d'initiatives venant de tous les coins de la planète, qui montraient justement pourquoi il fallait changer de mode d'action, ou pourquoi il fallait, dans ce récit, aller aussi sur l'imaginaire, le culturel, la participation de tous pour la réalisation de ces Objectifs de Développement Durable. J'ai envie de citer quelques initiatives, mais il y en a plein d'autres, simplement une qui nous montre à quel point il faut qu'on casse les codes. Si on veut inventer un nouveau monde, si on veut un avenir qui n'appartienne pas au passé, il y a un certain nombre de résistances qu'il faut casser, notamment sur la question du genre. Un certain nombre de femmes sur cette planète n'ont pas les mêmes accès que les hommes : leurs droits sont bafoués, quand elles ne sont pas complètement humiliées. Il y avait, à Bonn, beaucoup de femmes avec des caméras et des photos, qui montraient, comment avec le pouvoir de l'image, elles pouvaient raconter ces Objectifs de Développement Durable, ces futurs pour leurs enfants et ces nouveaux modes de vie vers lesquels elles voulaient aller.

Il y a aussi une autre initiative que j'aimerais présenter. C'est en Norvège. Il s'agit d'une dynamique. Il s'agit de l'ascension d'une montagne, des personnes qui se sont embarquées dans un trekking, quelque chose de difficile, un people Summit, le Sommet des peuples. Ils montrent quels efforts il faut avoir. On est dans la symbolique, mais c'est important. Les Objectifs de Développement Durable, je l'ai dit tout à l'heure, c'est 4000 jours : ce n'est pas juste là, demain. Il y a cette progression, ensemble, collectivement, le plaisir d'avancer. Ils ont pu, avec cette ascension qui a commencé dans la journée et qui a marqué 17 étapes pour les 17 Objectifs de Développement Durable, réunir un certain nombre de médias. 20 000 personnes ont participé à l'ascension. Au niveau du pays, les Objectifs de Développement Durable ont connu une notoriété assez importante. J'adorerais qu'on puisse le faire en France.

Un autre point, me semble-t-il important, dans beaucoup de pays, il y avait des pays africains qui étaient là sur la maternité des jeunes adolescentes, sur la corruption, qui pouvaient s'appuyer sur les Objectifs de Développement Durable pour être un vrai contre-pouvoir dans leur pays. Au Niger, sur l'intégrité, sur la corruption, les Objectifs de Développement Durable sont une magnifique passerelle pour un certain nombre d'organisations. Le petit film qu'on va vous montrer est une belle façon de voir pourquoi il faut se mobiliser pour les Objectifs de Développement Durable et pourquoi on n'atteindra pas les Objectifs de Développement Durable si on ne parle pas à tout un chacun.