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Description

Georges Salines, médecin de santé publique, discute dans cette vidéo des relations entre les Hommes et les animaux qualifiés de "nuisibles" au sens social du terme et non juridique. Il explicite les raisons qui expliquent cette qualification puis détaille l'exemple du rat d'égouts, encore très présent en ville. Sur cette base, il questionne notre regard et notre comportement vis-à-vis de ces autres animaux.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification
  • Paternité

Mentions Licence

  • Sciences sanitaires et sociales

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3

Thèmes

  • Environnement - Santé

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

relation homme-animal
La domestication animale
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Condition animale, sensibilité et humanité au XVIIIe siècle
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Les sociétés grecques et romaines face aux animaux sauvages : chasses et spectacles
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L'attachement, un lien unique
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Relation homme-insecte : les abeilles en Asie
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La relation humain-animal en élevage : regards croisés d'un éthologiste et d'une vétérinaire praticienne
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La psychiatrie animale
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Contributeurs

Georges Salines

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Georges Salines, Médecin en santé publique

Les villes ont été construites par les hommes pour les hommes, mais nous n’en sommes pas les seuls habitants. D’autres êtres vivants sont citadins ou le sont devenus. Lorsqu’ils nous embêtent, nous les qualifions de nuisibles. J’emploie ce terme au sens courant, et non en celui de la réglementation qui vise à autoriser la chasse ou le piégeage de certaines espèces d’animal, listées comme nuisibles dans des arrêtés préfectoraux. Qui sont ces nuisibles et qu’ont-ils fait pour mériter cette épithète péjorative ?

Certains sont qualifiés ainsi parce qu’ils font des dégâts. Les déjections des oiseaux, comme celles des pigeons, des étourneaux, des goélands salissent nos voitures, nos bancs publics, nos statues. Les insectes xylophages, comme les termites, abîment les bâtiments.

Certains sont en quelque sorte coupables d’un délit de sale gueule, comme cette superbe tégénaire, araignée domestique qui n’a jamais fait de mal à personne, sauf par la peur qu’elle suscite, à tort.

D’autres animaux sont capables de faire mal, voire même très mal, comme les frelons, qu’ils soient asiatiques ou européens, comme celui-ci. Ces insectes ne sont dangereux que si on s’y frotte de trop près. Il suffit de les ignorer pour qu’ils nous laissent tranquille.

Plus ennuyeux, sont les parasites qui se nourrissent de notre sang, comme les punaises de lit qui sont en train de recoloniser nos villes dont elles avaient été chassées par le DDT. Elles ont au moins le mérite de ne pas nous transmettre de maladies infectieuses, semble-t-il.

Ce n’est hélas pas le cas d’autres insectes hématophages, comme celui-ci, le moustique-tigre, Aedes albopictus, qui a quitté les forêts du Sud-Est asiatique et qui envahit peu à peu toute la planète. Il est capable de transmettre des maladies graves, comme la dengue, la maladie de chikungunya ou le Zika.

Certains animaux peuvent nous rendre malades même sans nous piquer ou sans nous transmettre des bactéries ou des virus. C’est par exemple le cas des petits acariens qui vivent dans nos matelas, vis-à-vis desquels certaines personnes sont allergiques. Enfin, tous les nuisibles ne sont pas des animaux. Les moisissures sont des fungi, comme les cèpes ou les amanites. Elles dégradent les surfaces intérieures des bâtiments trop humides et peuvent rendre malades leurs occupants via un mécanisme allergique ou toxique. Les plantes qui émettent des pollens anémophiles, c’est-à-dire qui confient leur pollen au vent et non aux insectes pollinisateurs, empêchent les personnes souffrant de rhume des foins de fréquenter les parcs et jardins à certaines périodes de l’année.

Ce rapide panorama, qui est loin d’être exhaustif, donne une idée de la variété des espèces dites nuisibles et de la diversité des griefs que nous leur adressons. Je voudrais maintenant que nous nous intéressions plus en détail au cas d’une espèce emblématique, les rats. Voici un rat d’égout parisien. Celui-ci, comme vous le voyez, n’est pas dans un égout, mais dans un jardin de la capitale où il se régale des graines de maïs qui ont été disposées là par un quidam qui voulait probablement plutôt nourrir les pigeons. C’est une situation très fréquente.

Pourquoi avons-nous peur des rats ? Si vous allez au Louvre, vous pourrez admirer ce tableau de Poussin qui est supposé représenter un épisode biblique, mais en fait, Poussin s’inspire de ce qu’il savait des épidémies de peste qui sévissaient en France au début du 17e siècle. Si vous regardez très attentivement le tableau, au pied de l’escalier, vous verrez des cadavres de rats. On savait donc déjà à cette époque, que les rats mourraient comme les hommes lors de ces épidémies. Lorsque les rats mouraient, leurs puces affamées allaient piquer les hommes et leur transmettaient le bacille de la peste. Ce mécanisme n’a été établi qu’à la toute fin du 19e siècle, mais ce souvenir historique marque encore la perception que nous avons de ces animaux. Pourtant, nous ne sommes plus au temps de Poussin, et encore moins au 14e siècle où la peste noire avait exterminé le quart de la population européenne. Le dernier cas parisien de peste s’est produit en 1920. Le dernier cas français remonte à 1945. Il est survenu en Corse. Aujourd’hui, le bacille de la peste a disparu de notre territoire. Et s’il y revenait, il serait assez facile de le contrôler grâce aux antibiotiques. Oublions donc la peste.

Cette drôle de bactérie en forme de serpentin s’appelle Leptospira interrogans. Elle transmet une maladie de gravité variable, qui peut être sévère, voire mortelle, qui provoque plusieurs centaines d’hospitalisations dans notre pays chaque année. La transmission de la bactérie se fait à travers une petite blessure de la peau au contact d’eau souillée par l’urine d’un animal contaminé. C’est une maladie professionnelle, pour les égoutiers notamment, mais la transmission peut se faire également à l’occasion d’activités de loisirs, comme les mud races, ces courses à pied dans la boue dont la vogue récente a provoqué plusieurs cas dans notre pays.

Bien d’autres bactéries, virus ou parasites peuvent passer du rat à l’homme. Néanmoins, la responsabilité des rats, dans la transmission des maladies infectieuses, est probablement surestimée par le public qui, a contrario, sous-estime la dangerosité d’autres animaux qu’ils jugent plus sympathiques. Même la leptospirose peut être transmise par d’autres animaux que les rats, même si ceux-ci semblent bien être les principaux coupables en milieu urbain. Les rats font aussi des dégâts, en construisant leur terrier par exemple, ou en rongeant les câbles électriques.

Au vu de l’ensemble des inconvénients liés à la présence des rats, il paraît plutôt raisonnable de vouloir s’en débarrasser. Cependant, les associations de défense des droits de l’animal critiquent vigoureusement les méthodes employées, comme les pièges mécaniques ou les appâts anticoagulants, qu’elles trouvent excessivement cruelles. Au demeurant, ces méthodes sont de moins en moins efficaces en raison de la réglementation qui les encadre, qui vise à protéger les espèces non-cibles, comme les oiseaux, les chats, les chiens et même les hommes, limitant ainsi considérablement l’arsenal laissé à la disposition des dératiseurs. Si on ne peut plus tuer les rats, peut-on espérer s’en débarrasser ? Les éliminer totalement de l’espace urbain semble impossible, mais on peut en limiter la présence en faisant un effort considérable de propreté, notamment dans les endroits où on ne souhaite pas les voir, comme les parcs et jardins. Cette position est contestée par certains amis des rats qui disent apprécier voir ces animaux en liberté, comme d’autres peuvent apprécier apercevoir un hérisson ou un écureuil. Ces fans des rats sont cependant minoritaires et les édiles municipaux sont plutôt soumis à la pression de la majorité de leurs électeurs qui leur demandent une vigoureuse politique contre les rats, devenus le symbole et le témoin d’une ville sale.

Au terme de cet exposé, je voudrais que nous nous interrogions sur la pertinence, ou plutôt sur l’obsolescence de ce terme de nuisible que je n’emploie jamais sans mettre de guillemets. Parmi les espèces qui nous causent des problèmes, qu’on appelle nuisibles, certains peuvent aussi nous rendre des services, y compris les rats, comme le soulignait le titre de cette récente émission de radio qui indiquait que les rats, en milieu urbain, contribuent à l’élimination de la matière organique. A contrario, même les meilleurs amis de l’homme peuvent nous causer des problèmes.

Ce brave labrador peut lui aussi transmettre des maladies infectieuses, et surtout, il peut mordre. Les morsures de chien sont beaucoup plus fréquentes que les morsures de rats. Elles conduisent des milliers de personnes aux urgences dans notre pays chaque année, entraînent des centaines d’hospitalisations et même quelques décès, et notamment des décès d’enfants. La musophobie féminine, telle qu’elle est illustrée dans ce tableau, est un cliché misogyne. Beaucoup de gens ont peur des rats ou des souris, qu’ils soient homme ou femme. Néanmoins, comme vous le voyez, mon amie Agathe s’entend très bien avec son rat Marcel. Le faucon pèlerin a longtemps été classé comme nuisible dans les arrêtés préfectoraux, car on l’accusait de faire concurrence aux chasseurs de lapins. Il a failli disparaître de notre pays dans les années 1960, mais aujourd’hui, son retour, y compris son retour en ville comme illustré sur la photo, est salué comme une réussite.

Alors si nous arrêtions de classer des espèces selon notre point de vue anthropocentrique ? Nous avons parfaitement le droit de nous défendre contre les agressions, mais chaque espèce a sa place dans la biodiversité.