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Description

Eric Baratay, professeur à l'Université de Lyon, discute dans cette vidéo des relations entre les Hommes et les animaux entre le début du 19e siècle et le début du 21e siècle. Il montre que la révolution industrielle, la révolution agricole et le développement des animaux de compagnie font de cette période l'époque où le plus d'animaux furent employés autour de nous.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification
  • Paternité

Mentions Licence

  • Histoire

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3

Thèmes

  • Alimentation
  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

relation homme-animalélevagehistoireagriculture
La domestication animale
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Condition animale, sensibilité et humanité au XVIIIe siècle
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Les sociétés grecques et romaines face aux animaux sauvages : chasses et spectacles
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L'attachement, un lien unique
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Les "nuisibles" et les Hommes en ville
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Relation homme-insecte : les abeilles en Asie
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La relation humain-animal en élevage : regards croisés d'un éthologiste et d'une vétérinaire praticienne
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La psychiatrie animale
La psychiatrie animale

Contributeurs

Eric Baratay

Université Jean Moulin Lyon 3

Institutions secondaires

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Eric Baratay, Professeur à l'Université de Lyon

L’histoire des relations entre les hommes et les animaux entre début 19e siècle et début 21e siècle est une histoire complexe, très importante, puisque c’est l’époque où l’on a sans doute le plus employé d’animaux autour de nous, que ce soit des animaux domestiques pour la ferme, pour l’industrie ou pour la compagnie.

Auparavant, il y avait relativement moins d’animaux, ne serait-ce que parce qu’on avait souvent des problèmes pour les nourrir. Les hommes eux-mêmes arrivaient difficilement à se nourrir avec des famines qui durent jusqu’au 18e siècle, donc il n’était pas possible de nourrir un "cheptel" très important.

Le grand changement, c’est la révolution agricole et la révolution industrielle. La révolution agricole va permettre de nourrir beaucoup plus d’animaux qu’autrefois et la révolution industrielle va permettre de les employer et d’en employer beaucoup.

C’est la première grande phase qu’il faut souligner, cette phase de la révolution industrielle qui s’étend entre fin 18e et début 20e siècle, jusqu’aux années 1910, 1920.

Cette première révolution industrielle est une révolution qui emploie beaucoup de bras humains et beaucoup de pattes, si l’on peut dire, c’est-à-dire beaucoup d’animaux. Vous en avez un exemple avec cette photo qui se situe à mes côtés. C’est le grand développement en ville du transport urbain, tramway, diligence dans le transport entre villes. Ces transports emploient énormément de chevaux puisque le transport va se développer d’une manière très importante, d’abord à Paris, mais aussi à Lyon, à Marseille. Tout cela est bâti sur un recours extrêmement important aux chevaux.

On peut citer l’industrie, notamment les mines. Toute l’industrie minière, qui fonde la première révolution industrielle, emploie des chevaux pour aller au fond des mines, tracter les wagons, les ramener vers les ascenseurs, remonter le charbon. Là aussi, les animaux se comptent par dizaines de milliers. Troisième exemple, ce sont les canaux, tout le développement des canaux à partir de la fin du 18e siècle. Ces canaux vont être très importants pendant un siècle à peu près, jusqu’au grand déploiement du chemin de fer, ces canaux fonctionnent avec des péniches qui sont tractées non pas à vapeur, mais par des chevaux de halage qui suivent le long des canaux, le long des chemins de halage et qui tirent ces péniches. On a un véritable développement extrêmement important d’animaux à cette époque pour servir cette révolution industrielle.

Le maximum des chevaux est atteint dans les années 1900, 1914. On peut dire qu’on a une civilisation hippomobile qui n’avait jamais été atteinte et qui va très vite ensuite disparaître. On le verra tout à l’heure. Cette révolution industrielle envisage les animaux comme des machines. On parle beaucoup par exemple du cheval moteur à l’époque. Ça entraînera toute une série d’études de la part des zootechniciens. La zootechnie est fondée en 1842. On voit très bien comment, dans la seconde moitié du 19e siècle, les zootechniciens réfléchissent sur le bon cheval, quel est le bon cheval pour tirer les tramways, le bon cheval de halage, le bon cheval pour tirer les canons dans l’armée, pour faire des grandes distances, par exemple les chasse-marée qui ramènent le poisson de Dieppe et du Havre en direction de Paris. À chaque fois, selon l’emploi, les chevaux seront conformés d’une manière différente. Le cheval de tramway ne fournit pas du tout le même effort qu’un cheval de mine. Il doit trotter sur dix, quinze, vingt kilomètres selon la longueur de la ligne et il doit s’arrêter régulièrement aux arrêts. C’est un travail très difficile qui suppose un cheval très différent. C’est la première grande phase ou le premier grand aspect de cette histoire, c’est-à-dire le développement de la révolution industrielle.

La révolution agricole aura bien d’autres conséquences, notamment avec le grand développement de l’élevage qui fait qu’au 19e siècle, le nombre des animaux de ferme explose littéralement.

Par exemple, le nombre de bovins passe d’environ 5, 7 millions, ce sont des estimations à la Révolution française, ils doublent littéralement en un siècle. On est à 14, 15 millions en 1914, une multiplication par deux alors que la population française n’a augmenté que de 50 %. Pourquoi cette multiplication ? Tout simplement parce que l’enrichissement progressif de la population due à la révolution industrielle et à la révolution agricole fait qu’on se met à consommer beaucoup plus de produits animaux : du lait, de la viande, des produits laitiers. La demande augmente et les troupeaux augmentent avec des transformations extrêmement importantes au niveau des paysages.

La Normandie qui était un pays de culture, un pays de céréales où il n’y avait, au début du 19e siècle, que 20 % de prés, un siècle plus tard, c’est une Normandie totalement différente avec 97 % de prés et un élevage bovin extrêmement important. Autrement dit, la Normandie, image d’Épinal verte avec des pommiers, des champs, des bocages et des vaches, c’est un paysage très récent, qui a un siècle à peu près.

Cette révolution agricole se poursuit après la Première Guerre mondiale, mais avec un changement très important. On voit se développer un élevage industriel, notamment après 1950. Cet élevage industriel se caractérise, pour une partie de ces animaux, par une espèce d’enfermement, que ce soit les veaux, les vaches, notamment les vaches laitières, les porcs. Cet enfermement fait qu’ils disparaissent du paysage alors que leur nombre continue à augmenter jusqu’à la fin du 19e siècle, jusqu’aux crises agricoles récentes, notamment au problème et aux réformes de la PAC. Il y a une espèce de disparition de ce cheptel de fermes, ou du moins, disparition du paysage.

Il y a une autre disparition qui est celle des animaux de la révolution industrielle. À partir de l’entre-deux-guerres, c’est la grande concurrence du moteur, du camion, de la voiture, du chemin de fer. On voit très vite disparaître les animaux de trait dans les villes. Le dernier cheval de trait de tramway disparaît en 1913. Le changement est très brutal. Dans les mines, le déclin est très fort dans l’entre-deux-guerres. Pour les canaux et le halage, c’est la même chose avec le développement des péniches à vapeur. Tout ce cheptel disparaît littéralement au profit de la motorisation. On a eu une histoire en forme de montagnes, une très forte explosion, puis un déclin très rapide.

La troisième caractéristique de cette époque, c’est le développement d’un autre type d’animaux domestiques auprès des hommes, ce sont les animaux de compagnie.

Ils sont très peu nombreux au 19e siècle, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les chiens de compagnie sont très minoritaires. On n’a pas de statistiques, mais s’ils font 10 ou 20 % des effectifs à l’époque, ça doit bien être le grand maximum. La plupart des chiens sont des chiens de travail ou, plus nombreux encore, sont les chiens vagabonds, les chiens errants que l’on trouve en ville. Ce sont eux qui vont, jusqu’à la fin du 19e siècle, assurer le service des poubelles avant que le vrai service des poubelles ou notre service se mette en place. Ces chiens de compagnie sont très peu nombreux, limités la plupart du temps, au 19e siècle, à la bourgeoisie ou l’aristocratie.

Par contre, au 20e siècle, notamment à partir des années 1950, il y a une véritable explosion du nombre d’animaux de compagnie. D’abord, les chiens arrivent jusqu’à 10 millions à la fin du 20e siècle, puis les chats. Les chats étaient beaucoup moins nombreux. Là aussi, c’étaient surtout, au 19e siècle, des chats de gouttière ou des chats de rue, très peu de chats de compagnie. Leur effectif explose à partir des années 1950 parce qu’il y a un renversement. Il y a une vulgarisation sociale, à toutes les classes sociales, de cette volonté d’avoir un animal de né dans l’aristocratie et dans la bourgeoisie, qui va s’étendre à toutes les classes sociales.

À la fin du 20e siècle, début du 21e siècle, on voit même ce phénomène arriver dans le monde rural auprès des paysans, qui peuvent avoir des chiens qui ne servent à rien, si ce n’est à tenir compagnie, voire à avoir des chats de compagnie aussi et non pas le chat de ferme qui est là pour courser les souris.

Ce groupe des animaux de compagnie est extrêmement important. Il devient très nombreux, on est à une vingtaine de millions, rien qu’en France, de chiens et de chats, autant de poissons rouges et bien d’autres animaux de compagnie. C’est un groupe qui est devenu le groupe dominant dans le monde français du début du 21e siècle, avec lequel on n’a pas du tout les mêmes relations. Ce sont des relations où la proximité, l’affectivité et l’émotion sont très importantes, ce qui n’était pas forcément le cas pour les chevaux, notamment de trait et d’industrie. On sait que leur sort n’était pas toujours enviable, ça dépendait beaucoup de l’entreprise, du soin que la direction voulait à ce propos, mais ça pouvait aller d’animaux très violentés à des animaux relativement bien respectés.