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Description

Joséphine Lesur, maître de conférences au Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), présente dans cette vidéo les grandes étapes de la domestication animale, phénomène mondial qui s'est déroulé sur le long terme et dans des sociétés très diversifiées, et qui aujourd'hui encore continue. Sur la base d'exemples, elle met également en évidence les grands mécanismes qui ont conduit à cette domestication, chacun étant associé à des interactions propres entre humains et animaux.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification
  • Paternité

Mentions Licence

  • Histoire

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3

Thèmes

  • Alimentation

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

domesticationélevage
Condition animale, sensibilité et humanité au XVIIIe siècle
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La relation humain-animal en élevage : regards croisés d'un éthologiste et d'une vétérinaire praticienne
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Contributeurs

Joséphine Lesur

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

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Joséphine Lesur, Maître de conférences au MNHN

Nous allons aborder aujourd'hui la question de la domestication animale. Où et quand a-t-elle eu lieu ? Pourquoi et comment ? Très vaste sujet à aborder en quelques minutes, mais je vais essayer au moins de vous en dessiner les grandes lignes.

Alors tout d'abord, qu'est-ce que la domestication ? Il y a plusieurs définitions selon les écoles. En archéologie en général, on restreint la signification du mot au processus qui mène les plantes ou les animaux à passer d'un statut sauvage à un statut domestique, en association en général avec de profonds bouleversements socio-économiques tels que la transition néolithique. Sur cette carte, vous voyez l'état actuel des connaissances pour l'origine des principales espèces domestiques. La première espèce à avoir été domestiquée est le loup, pour donner le chien. Il semble que cela se soit produit dans deux régions du monde, l'Europe et l'Asie, de façon indépendante il y a plus de 15 000 ans. Ce processus s'est déroulé au sein de sociétés de chasseurs-cueilleurs dans un système de collaboration pour la chasse avec, très certainement, un attachement entre individus. La domestication qui mène à l'élevage a, quant à elle, commencé il y a environ 10 000 ans au Proche-Orient, dans des sociétés qui pratiquaient déjà l'agriculture, des sociétés sédentaires. Elle concerne d'abord et avant tout le bétail, notamment les bovins, moutons, chèvres et aussi le porc. En fait, d'une manière générale, la domestication animale s'est produite quasiment partout dans le monde, à différentes époques et dans des sociétés très diverses, et surtout pour beaucoup d'animaux, à la fois les mammifères, mais aussi des oiseaux et des poissons. Et aujourd'hui encore, la domestication continue pour un certain nombre d'espèces de poissons et de coquillages notamment.

Le processus de néolithisation du Proche-Orient, qui commence il y a environ 12 000 ans, suit un schéma assez particulier. Il y a environ 12 000 ans, les premiers villages sédentaires s'installent, puis on assiste à la domestication des plantes qui va donner l'agriculture, puis la domestication des animaux qui va donner l'élevage, des innovations techniques comme la création de la poterie, puis une complexification des sociétés avec le développement de l'urbanisation et l'invention de l'écriture. Les raisons de cette première néolithisation sont multiples. Pendant longtemps, on a cru que le climat en était le facteur principal. En effet, il y a 10 000 ans, une période plus chaude s'installe avec le développement des graminées qui vont être plus fortement exploitées et au final domestiquées. Avec l'avancée des recherches, on réalise maintenant que ce schéma n'est plus valable. En fait, c'est plutôt un processus multifactoriel : facteur démographique avec une pression plus forte sur l'environnement liée à la sédentarité, facteur socio-économique avec le développement des structures de stockage qui permet une gestion à long terme des ressources, mais aussi facteur cognitif. Les humains commencent à se placer au-dessus des animaux et des plantes. Ils développent une nouvelle conception du monde liée à de profonds changements symboliques et religieux.

Tentons maintenant d'aborder la question du comment. Plusieurs voies de domestication ont été proposées qui, à chaque fois, proposent des interactions humains et animaux de différentes sortes.

La première voie est celle de la chasse. Les techniques de chasse, conçues pour pérenniser la disponibilité des ressources, vont se transformer en une gestion de troupeau : soit une gestion de troupeau direct, soit la prise de jeunes si les parents ont été tués à la chasse. Le but de cette gestion était la viande, mais pas uniquement. En effet, on voit que dans les premiers temps de la domestication, les restes des espèces domestiques ne sont pas majoritaires au sein des déchets alimentaires. En fait, les hommes ont cherché à exploiter aussi des produits dits secondaires, comme par exemple le lait, mais aussi le fumier pour l'amendement des sols, ou à utiliser les animaux pour le transport, le labour ou encore le prestige.

La seconde voie est la voie commensale où certaines espèces vont se mettre en relation avec les habitats humains et vont profiter de ces ressources et en devenir quasiment dépendants dans un système de relations mutualistes. Pour illustrer cette voie, on peut prendre l'exemple de Chypre, une île colonisée très anciennement depuis les côtes levantines. Dès le 10e millénaire, on a l'introduction du sanglier. Au 9e millénaire, on a l'introduction de l'agriculture avec notamment le blé, et en association, un apport involontaire de souris dans les bateaux. Très rapidement ensuite, on voit l'apparition du chat sauvage, très certainement introduit pour lutter contre ces rongeurs. Puis, une apparition du bétail pour l'élevage. Les relations avec les chats vont évoluer rapidement, car des archéologues ont découvert récemment une tombe datée du 8e millénaire où un chat est associé à un humain. Ce qui montre une grande proximité avec cette espèce et très certainement un apprivoisement très ancien du chat. Le même scénario s'est produit également en Chine et en Égypte au 4e millénaire : où on trouve de nouveau des inhumations associant cet animal avec l'humain. En fait, les relations entre chat et humain se sont développées très anciennement dans des sociétés très différentes, mais qui présentaient toujours les mêmes problématiques.

La troisième voie est la voie directe où les animaux ont été amenés délibérément et directement, sous le contrôle des humains, pour différentes utilisations comme le transport. On peut prendre cette fois le cas de l'âne dont une des sous espèces était présente anciennement en Égypte. C'était une espèce qui était très peu consommée, mais on en trouve quelques restes sur des sites du nord du pays, donc en dehors de la zone d'habitat naturel dès le 5e millénaire. Dès le 3e millénaire, on a des preuves encore plus directes de son utilisation, notamment sur le site d'Abydos, où on a trouvé un certain nombre de squelettes d'ânes inhumés, squelettes qui présentent des morphologies globalement sauvages, mais avec des pathologies osseuses liées à son utilisation pour le portage.

Ces différents processus vont amener des variations phénotypiques, plus ou moins fortes selon les espèces, qui vont amener au développement des races. Le phénotype étant l'ensemble des traits caractéristiques d'un organisme. Ces différentes modifications vont pouvoir être caractérisées par des analyses à la fois moléculaires ou macroscopiques. Si on prend l'exemple du chien, en plus de la très grande variabilité de sa forme et de sa taille, les analyses génétiques ont pu mettre en évidence des évolutions plus discrètes comme notamment sa capacité à digérer l'amidon, qui caractérise une proximité très ancienne avec les agriculteurs et une consommation aussi très ancienne des céréales. Toujours chez le chien, on a une évolution dans sa communication. Il va en effet développer l'aboiement comme un langage, langage qui n'existe pas chez le loup.

Les modifications liées à la domestication vont apporter d'autres types de variations, notamment des variations dans le pelage des animaux, avec ainsi, sur certaines espèces comme le cheval ou la vache, l'apparition d'individus polychromes. On peut avoir également des variations morphologiques qui ont un trait à la proportion générale des animaux, comme c'est le cas entre le sanglier et le porc. Pour ce dernier, avec la domestication, on va voir la majorité du poids qui va se répartir sur l'arrière-train, notamment pour favoriser la production de viande.

Les modifications liées à l'élevage touchent également les humains, et notamment leur capacité à digérer le lait. Les humains, comme tous les mammifères, perdent avec le sevrage la capacité à produire la lactase qui est une enzyme qui permet d'hydrolyser le lactose présent dans le lait. Or, avec la domestication, on a une mutation chromosomique chez beaucoup de personnes qui permet de continuer à produire cette lactase même à l'âge adulte. Toutefois, cette mutation ne va pas se produire chez tout le monde. En effet, de façon très ancienne, les sociétés ont commencé à transformer le lait, pour faire du beurre, du fromage ou du yaourt. Ces différents processus détruisent le lactose, ce qui rend non nécessaire la capacité à produire la lactase.

Au final, la domestication a permis de développer des liens très forts entre les humains et certaines espèces : on connaît tous les chats et les chiens de nos sociétés. Mais aussi des liens très forts avec d'autres animaux comme les bœufs, chez certaines sociétés pastorales de l'Est africain. On assiste dans ces sociétés un phénomène que l'on appelle de l'animal favori. Il s'agit en fait d'un bovin qui va être choisi au sein d'un troupeau pour être transformé par la scarification, par la déformation des cornes, par la découpe de certaines parties du corps. Cet individu, qui va être isolé au sein du troupeau, va montrer le lien très fort qu'il peut avoir avec son éleveur. En fait, il va représenter une forme d'union entre les humains et les autres animaux. Sa valeur n'est donc pas uniquement économique, mais il porte un statut social et symbolique très fort.

En conclusion, il faut retenir que la domestication animale est un phénomène mondial qui s'est déroulé sur le long terme et dans des sociétés très diversifiées. Les buts et les modalités recherchés sont très variables, mais dans tous les cas, elles témoignent de relations très fortes entre humains et animaux.