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Description

Marie-Laure Laprade, présidente d’Éducation Éthique Animale, et Marie Pelé, maître de conférences à l'Université Catholique de Lille, discutent dans cette vidéo de l'intégration de l'éthique animale à l'école. Après avoir mis en lumière les fondements de cette intégration, elles passent en revue les opportunités pour le faire, notamment dans les programmes et les disciplines scolaires.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification

Mentions Licence

  • Sciences de l'éducation

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+3

Objectifs de Développement Durable

  • 4. Education de qualité

Thèmes

  • Education à l'environnement et au développement durable

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

éducationanimauxéthique
Préserver la biodiversité demain
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Biodiversité et santé, amies ou ennemies
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One Health, une nouveauté ?
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Retour sur une expertise en sciences humaines et sociales sur le retour du loup en France (2017)
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S'inspirer du vivant
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Introduction au droit animal
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Bien-être animal : les associations comme acteurs du changement politique
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Vivre demain avec les autres animaux : le témoignage d'un député français
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Les relations humains-prédateurs en France
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Quelle valeur donner aux animaux vivants ?
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Éducation à et conservation de la biodiversité : le rôle des parcs zoologiques
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Nous et les autres animaux demain : approche philosophique
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Contributeurs

Marie-Laure Laprade

Marie Pelé

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Marie-Laure Laprade, présidente d’Éducation Éthique Animale et Marie Pelé, maître de conférences à l'Université Catholique de Lille

Commençons par un rapide constat. Quelle est la place des animaux à l'école ? Alors qu'au XIXe siècle, dans le sillage de la loi Grammont, les programmes scolaires s'ouvraient à quelques notions de respect pour certaines catégories d'animaux, on peut regretter aujourd'hui l'absence de ce sujet. Certes, à l'occasion de la rentrée 2020, les programmes de l'école et du collège ont renforcé les enseignements relatifs au changement climatique, au développement durable et à la biodiversité, mais les animaux y sont toujours considérés en tant qu'espèces et non en tant qu'individus sensibles. On les envisage pour les services écosystémiques qu'ils rendent et en SVT, on étudie leur biologie.

Or, depuis 2015, les animaux sont reconnus êtres vivants doués de sensibilité dans le Code civil, et l'éthique animale est précisément l'étude de la responsabilité morale de l'être humain à l'égard des animaux en tant qu'individus. Alors pourquoi intégrer l'éthique animale dans l'éducation ? 

D'abord parce que l'école est le premier lieu de transmission de savoirs et de valeurs. Elle a pour mission l'émancipation des futurs citoyens en privilégiant le questionnement sur nos pratiques et notamment celles qui concernent le reste du vivant, en particulier les animaux. Elle doit interroger notre place dans la biosphère et envisager d'autres relations avec les animaux, moins destructrices et moins dominatrices.

Elle doit aussi permettre au futur adulte de faire des choix éclairés, d'agir de manière consciente et responsable tant dans sa vie personnelle que dans sa vie sociale. Pour ce faire, les données scientifiques foisonnantes concernant les animaux doivent être actualisées dans les programmes. La sentience, capacité à éprouver des états affectifs positifs ou négatifs, a acquis de l'importance pour la prise en compte des intérêts des animaux dans la sphère éthique. Ils ne peuvent plus être considérés comme des éléments interchangeables d'une espèce, mais comme des individus singuliers ayant une personnalité et une histoire. De plus, la condition animale est devenue un sujet de société dont l'école doit s'emparer afin de donner au futur citoyen des connaissances multiples, scientifiques, juridiques, éthiques, pour en débattre de manière éclairée.

Ces questionnements éthiques peuvent trouver leur place dans les programmes actuels. D'autant que les jeunes enfants ont une attraction innée pour les animaux. L'empathie émotionnelle ne nécessite pas de comprendre l'autre. On développe seulement la même émotion que celui qu'on observe par identification spontanée. Et rapidement, la place attribuée à tel ou tel animal par l'entourage familial et culturel vient modifier ces tendances innées. Les animaux sont alors placés dans des catégories arbitraires, définies unilatéralement par l'humain, selon l'utilisation qu'il en a, et la considération qu'on leur porte dépend de ces catégories. L'enfant est amené à mettre en place un clivage moral l'invitant tantôt à respecter certains animaux, tantôt à accepter la violence subie par d'autres. Alors avant que les enfants ne soient conditionnés par cette vision anthropocentrée, il s'agit d'entretenir la connexion avec les animaux en développant l'empathie cognitive. Celle-ci est basée sur la connaissance des animaux, leurs capacités sensorielles, émotionnelles, cognitives de mieux en mieux connues grâce aux sciences et qui présentent de grandes similitudes avec les humains. Développer la capacité des jeunes à se mettre, dans la mesure du possible, à la place de l'autre, dans une optique bienveillante, permet de développer une éthique de justice, de responsabilité s'étendant à tous les êtres sensibles, humains ou autres qu'humains. Ensuite, empathie affective et cognitive interagissent et permettent d'accéder à des réflexions éthiques. Dans un contexte de déconnexion de la nature et de méconnaissance des animaux, une formation efficace cherche à mettre au moins autant l'accent sur la conscience et la sensibilité que sur les connaissances. Les enfants sont d'ailleurs très curieux du monde qui les entoure et passionnés par les animaux, sujet fédérateur dans une classe. Enfin, enseigner l'empathie et l'éthique animale permet de prévenir les actes de violence à l'égard des animaux, mais améliore aussi les relations sociales entre pairs. Comprendre l'autre, humain ou animal, et réfléchir à notre responsabilité et nos devoirs envers lui participe à la lutte contre la violence.

Alors comment intégrer l'éthique animale dans l'éducation ?

D'abord, dans les programmes actuels. Comme nous l'avons vu, la biodiversité est étudiée dans une approche essentiellement écologique. Les jeunes y sont incités à s'engager pour une cause et si l'éthique animale n'est pas explicitement inscrite dans les programmes scolaires, la compétence "adopter un comportement éthique et responsable" visée en éducation morale et civique (EMC) n'exclut pas la sphère des animaux. Les enseignants peuvent donc aborder des questions éthiques à leur sujet dans diverses disciplines.

D'abord en éducation morale et civique. En élémentaire et au collège, les ateliers philo permettent de questionner le statut des animaux et les relations que nous entretenons avec eux. L'esprit critique doit aider, dès le plus jeune âge, à remettre en question une pensée dominante, normalisée, devenue irrationnelle au regard des connaissances actuelles. Ces débats conduisent ainsi les enfants à s'ouvrir à la souffrance des animaux, à comprendre nos responsabilités vis-à-vis d'eux et à envisager des relations plus justes et respectueuses. Avec les plus jeunes notamment, il est plus simple d'utiliser un support : album, texte, photographie, peinture ou court extrait vidéo qui fait émerger une question. Concernant la biodiversité, l'action des éco-délégués illustre l'étendue des enjeux de la culture civique dans un projet d'éducation globale et systémique. Enfin, on remarquera, en première, la cause animale inscrite dans le domaine "nouvelles causes fédératrices".

De l'EMC à la philosophie en terminale, des extraits de textes d'auteurs classiques ainsi que de contemporains qui ont théorisé la question animale peuvent être étudiés. La question animale peut s'intégrer à l'étude de plusieurs thèmes, mais il est essentiel de conceptualiser, de faire réfléchir sur les idées de respect et d'éthique et sur la sentience, ainsi que la traditionnelle opposition humanité-animalité.

En français, les livres avec des animaux accompagnent depuis toujours les enfants dans leur développement émotionnel, moral, imaginaire. Alors à travers des albums, la poésie, les fables dont certaines célèbrent l'intelligence animale, les contes revisités et réhabilitant des animaux en déconstruisant des préjugés, ou les romans, les récits de vie d'éthologues, les jeunes apprennent à respecter les animaux et à en accepter l'altérité. De nombreux livres aujourd'hui traitent des animaux pour eux-mêmes, dénoncent leur réification, les nombreuses formes d'exploitation qu'ils subissent, leur souffrance. Dans leur dimension esthétique, ces textes évoquent la condition animale, développent l'empathie et initient la réflexion éthique, et confirment aussi le français comme discipline de la sensibilité et de la culture humaniste.

En histoire, des livres et des articles historiques servent de support à une réflexion éthique quant à l'évolution des rôles assignés aux animaux par les humains.

Les sciences du vivant, quant à elles, doivent aborder les capacités sensorielles, émotionnelles, cognitives des animaux, ainsi que la sentience, importante en éthique animale. Il est essentiel de faire observer les besoins biologiques et éthologiques des animaux afin que les élèves les comparent aux conditions de vie réelles de certains d'entre eux assujettis à la captivité, à l'élevage ou à l'expérimentation animale, ou encore d'autres formes d'exploitation.

L'alimentation carnée, question socialement vive, soulève des interrogations chez les jeunes, tiraillés entre l'empathie pour les animaux, d'un côté, et les incitations à les consommer. Des connaissances nutritionnelles actualisées présentant les alternatives végétales sont un préalable nécessaire pour aborder ce sujet et se débarrasser des idées fausses.

Enfin, d'autres acteurs peuvent intervenir dans les classes. Les associations complètent avec précision et justesse les connaissances acquises par les enfants. En revanche, on peut s'interroger sur la pertinence d'interventions dans les classes du syndicat Interprofessionnel de la viande et du bétail, Interbev, des associations de chasse ou encore des écoles taurines dont les positions sont en contradiction avec l'éthique animale. Une éducation inculquant le refus de la violence, d'une part, et l'exposition des jeunes à des formes de violence légalisée, banalisée contre les animaux, d'autre part, relève d'une véritable incohérence. De plus, les risques d'effets traumatiques et d'accoutumance à la violence sont démontrés par plusieurs études. Une percée significative de la question animale à l'école dépend de nombreux autres paramètres.

D'abord, l'intégration explicite de l'éthique animale dans les programmes sur proposition du Conseil supérieur des programmes, et aussi dans l'édition scolaire. Ensuite, la formation des enseignants via le plan académique de formation, le réseau Canopé, les parcours M@gistère. Les Maisons pour la science pourraient y contribuer en s'emparant d'éthologie et d'éthique animale. Aujourd'hui, seuls les enseignants impliqués dans ces questions y travaillent dans leur classe et se forment indépendamment de l'Éducation nationale. Fort heureusement, la sphère universitaire offre depuis quelques années des formations en droit animalier, en éthique animale, en éthologie et en bien-être animal. Ces enseignants s'appuient également sur des sites rigoureux, avec comité scientifique, proposant des ressources. Mais attention, la compréhension des enjeux est un préalable nécessaire. Une évolution cruciale de la posture des enseignants sur les questions socialement vives est également nécessaire. Enfin, les acteurs politiques, la société civile, par des tribunes, des pétitions, peuvent inciter les décideurs à des changements urgents, suivant ainsi l'évolution de l'opinion publique sur la question animale.