Aller au contenu principal

Description

Frédérique Chlous, professeure du Muséum national d'Histoire naturelle, et Harold Levrel, professeur à AgroParisTech, parlent dans cette vidéo de l'intérêt de convoquer les sciences humaines et sociales pour la résolution des problématiques liées à l'océan. Psychologie, sociologie, anthropologie, droit, histoire, géographie, économie, science politique : autant d'entrées permettant un diagnostic intégré des territoires marins et une meilleure gestion des risques afférents.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+3

Thèmes

  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

océansciences humaines et socialesanthropologiepopulation

Contributeurs

Frédérique Chlous

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Harold Levrel

Télécharger le fichier

Frédérique Chlous, professeure du Muséum national d'Histoire naturelle et Harold Levrel, professeur à AgroParisTech

Si Alain Corbin, historien français, parlait en 1998 du territoire du vide dans son ouvrage éponyme, avec en sous-titre "L'Occident et le désir du rivage", nous pourrions, à la suite de Roland Paskoff, géographe, évoquer le territoire du "trop plein". 30 % de la population mondiale vit à proximité du littoral et les démographes prévoient des augmentations substantielles avec une population côtière qui passerait de 680 millions aujourd'hui à plus d'un milliard en 2050. Les routes maritimes sont de plus en plus empruntées et aucun continent ne semble à l'abri. La bataille fait rage en Arctique et les enjeux sont considérables.

Comprendre l'océan et les liens que l'humanité tisse avec lui oblige à interroger les travaux en sciences humaines et sociales. Ceci démontre la diversité des approches liées aux disciplines économie, anthropologie, histoire, psychologie, sociologie, droit, sciences politiques, et aux enjeux associés à cet espace : surexploitation, risques côtiers, inégalités, enjeux de pouvoir, règlementation des accès et des pratiques. Si, à l'heure de ce qui est qualifié d'anthropocène, nous percevons la vulnérabilité de l'océan, nous savons également que les populations riveraines, ou non, seront affectées. Les contextes sociaux, culturels, économiques, sont différents en fonction des espaces géographiques et des époques.

Comment les humains pensent l'océan ? Quelles sont les activités qui y sont menées ? Tous ont-ils un accès à cet espace ? Et bénéficient-ils des aménités ? Quels services rend-il pour les humains ? Quels sont les risques de pollution, de submersion, afférents ? Quels acteurs interviennent dans sa gestion ?

Les océans représentent un espace commun où de nombreux usages apparaissent et augmentent depuis de nombreuses décennies. Cela génère un contexte dans lequel un certain nombre de risques peuvent apparaître pour l'environnement, pour les sociétés, pour l'économie, et aussi des risques potentiels de conflits. Dans ce contexte, il est nécessaire de considérer l'océan non pas comme un écosystème, mais comme un socio-écosystème. Ce socio-écosystème est représenté par des dynamiques concernant les interactions entre les milieux naturels et les sociétés humaines, mais aussi par des interactions au sein des sociétés humaines à propos de l'océan. C'est la raison pour laquelle il est intéressant de mobiliser différentes disciplines en sciences humaines et sociales pour pouvoir mieux appréhender ces interactions au sein de la société, et entre la société et le milieu naturel. Parmi ces disciplines, certaines vont s'attacher à décrire les comportements individuels, comme la psychologie, par exemple, d'autres vont plutôt s'intéresser à la question de la compréhension des dynamiques sociales, comme la sociologie, l'économie, mais aussi le droit. Enfin, certaines vont porter leur attention sur les systèmes symboliques, comme par exemple la psychologie, ou l'anthropologie. Tout cela s'exprime à différentes échelles spatiales et temporelles, ce qui nécessite de convoquer la géographie, mais aussi l'histoire.

Lorsqu'on peut proposer un diagnostic intégré mobilisant ces différentes disciplines sur notre socio-écosystème, nous avons plus de clés pour mieux gérer ces écosystèmes pour en comprendre les dynamiques et, finalement, pour aller vers plus de durabilité.

Alix Levain adopte une approche anthropologique pour analyser les pollutions marines. Alors que celles-ci deviennent visibles sur les rivages, comme la prolifération des algues vertes, il est important d'identifier ce qu'elles nous disent des transformations sociales et culturelles, ainsi que des évènements passés, et de mieux comprendre alors les enjeux associés qui dépassent les seuls aspects écologiques.

Également dans le champ de l'anthropologie, Emilie Mariat-Roy interroge des imaginaires et représentations des milieux marins construits en fonction des parcours sociobiographiques et des expériences, et ancrés dans les cultures auxquelles nous appartenons. Révéler cette diversité et les évolutions en cours contribue à éclairer la diversité des pratiques et des savoirs.

Valérie Deldrève et Cécilia Claeys, sociologues, pointent les inégalités d'accès aux espaces littoraux et à leurs aménités en France métropolitaine et en Outre-mer. La justice environnementale est relativement peu étudiée en France, or c'est une question majeure qui permet de comprendre les conflits et les inégalités.

Enfin, Jean-Eudes Beuret nous enjoint à penser les aires marines protégées et leur développement. Trois thématiques sont mises en avant : la gouvernance de ces espaces qui associe des acteurs aux identités multiples, les conflits omniprésents qui peuvent être source d'innovation ou de blocage, et l'acceptation qui ne doit pas être résignée, mais plutôt tendre vers l'appropriation.

Rémi Mongruel, économiste, va traiter de la question des services écosystémiques, c'est-à-dire des bénéfices que la nature fournit aux sociétés humaines.

Daniel Faget, historien, va évoquer la question des pêches et comment l'histoire des pêcheries peut nous enseigner sur de nouvelles pratiques en matière de durabilité des exploitations des stocks halieutiques.

Elisabeth Guillou, psychosociologue, va nous expliquer comment les représentations sociales ont une importance clé pour appréhender les enjeux liés à la montée des eaux.

Florence Galletti, juriste, va traiter des questions de planification maritime, et du droit lié aux pollutions marines.

Les présentations de cette partie ne peuvent couvrir, de manière exhaustive, l'ensemble des travaux de recherche qui existent aujourd'hui, ni l'ensemble des territoires et des époques. Elles permettent cependant de montrer que les sciences humaines et sociales sont indispensables pour la connaissance de ce type d'espace. D'autres exemples, qui ne sont pas dans ces vidéos, les espèces marines invasives, l'immigration qui emprunte les voies maritimes, le droit de la haute mer, les conflits d'usage, par exemple lors de l'implantation d'éoliennes en mer, la santé, les routes maritimes, autant de sujets qui apparaissent et nécessitent d'être documentés. À la lecture du plan, il pourrait être supposé que les sciences humaines et sociales travaillent seules. Si cela peut être parfois le cas, l'interdisciplinarité est très souvent présente et particulièrement intéressante à mettre en œuvre. Elle concerne une forme d'interdisciplinarité entre sciences sociales, mêlant histoire, anthropologie, droit, économie, ou avec les collègues des sciences de la vie, de la terre ou du climat.