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Description

Daniel Faget, maître de conférences à Aix-Marseille Université, s'intéresse dans cette vidéo à l'histoiredes pêches en Méditerranée. Il montre tout d'abord que ces pêches ont toujours évolué et que, contrairement à une idée reçue, elles n'ont jamais connu d'âge d'or. Puis, sur cette base, il propose quelques pistes pour une pêche plus durable et plus résiliente.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+3

Objectifs de Développement Durable

  • 14. Vie aquatique

Thèmes

  • Ecosystèmes et biodiversité
  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

pêchehistoireMéditerranéepratiques
Approche économique des problématiques maritimes
Approche économique des problématiques maritimes
Se confronter aux pollutions marines
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Une anthropologie des rapports à la mer : des imaginaires pluriels et mouvants
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La représentation des risques par les populations littorales. Un regard psychosocial
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Entre risques et aménités, les problématiques d’inégalités et de justice environnementales en zones littorales
Entre risques et aménités, les problématiques d’inégalités et de justice environnementales en zones…
Droit des pollutions marines et planification spatiale marine
Droit des pollutions marines et planification spatiale marine
Comment rendre Les Aires Marines Protégées acceptables et efficaces ?
Comment rendre Les Aires Marines Protégées acceptables et efficaces ?

Contributeurs

Daniel Faget

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Daniel Faget, Maître de conférences à Aix-Marseille Université

La pêche méditerranéenne est en crise. Les ressources sont surexploitées. Le rendement maximum durable, c'est-à-dire la capacité de la ressource de se renouveler, est dépassée pour plus de 91 % des espèces en Méditerranée. Le résultat de cette course à la production, c'est, aujourd'hui, une inversion des courbes, vous le voyez, dans la zone Baléares ou dans la zone Golfe du Lion. La production totale aujourd'hui est en train de baisser.

Cette tendance à produire toujours plus en Méditerranée est une tendance ancienne. Dans les faits, les choses ont commencé dès la fin du Moyen Âge, avec des innovations importantes, des inventions, de nouvelles techniques. Le filet traînant, le filet dérivant, le sardinal, qui apparaissent dans le bassin occidental de la Méditerranée et qui ont eu pour résultat d'augmenter les prises jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. 

Cette augmentation des prises a créé des tensions sur la ressource. Elle a appauvri l'étage infralittoral, cet étage situé entre 0 et 40 m de profondeur, au point que, au sein des populations de pêcheurs, une détestation a été grandissante vis-à-vis de ceux qui étaient perçus comme des concurrents des pêches. C'est-à-dire les marsouins, les dauphins, les petits delphinidés, les phoques, qui ont été littéralement exterminés au XIXe siècle par des campagnes systématiques de destruction. La situation s'est aggravée au cours du XIXe siècle.

Si les pêches ont perduré jusqu'à aujourd'hui en Méditerranée, c'est parce que les techniques ont permis d'aller toujours plus loin dans l'exploitation de la ressource, plus loin en profondeur, de mettre aussi en activité de nouveaux espaces de pêche, avec l'espace colonial en particulier. Et on a vu des bateaux de mieux en mieux équipés, motorisés, des navires désormais équipés de sonars, de sondeurs. Nous avons connu aussi l'invention du filet nylon dans les années 1950, qui a été d'une redoutable efficacité. Et puis tous les procédés aussi, du froid, du froid industriel installés sur les navires. Cette logique, qui est finalement suivie depuis, on va dire plus de 500 ans, en Méditerranée, arrive aujourd'hui à son terme.

Ce secteur de la pêche méditerranéenne aujourd'hui, qu'est-ce que c'est ?

C'est environ 70 000 bâtiments, 250 000 emplois, et un clivage assez marqué entre des navires de grande taille qui sont chalutiers, senneurs, qui sont 20 % des bâtiments actuels, mais qui représentent 90 % des prises, et des navires de petite taille, moins de 12 m, qui sont aujourd'hui 80 % des bâtiments de pêche qui circulent en Méditerranée. Ces 2 segments que je viens de nommer, grande pêche, petite pêche, sont également en crise.

Que peut-on faire ? Quelle est la solution pour trouver les voies d'une économie halieutique, durable, en Méditerranée ?

D'abord, un premier constat, celui de l'historien. Il n'y a pas eu d'âge d'or des pêches en Méditerranée. Rien ne serait plus faux que de prétendre qu'une réactivation des techniques anciennes suffirait, finalement, à reconstituer la ressource et à préserver l'industrie des pêches. La préservation de la ressource passe d'abord par une régulation plus forte du secteur des pêches, et aussi par une réduction de la surcapacité.

Alors, c'est vrai pour les grands navires, ceux qui aujourd'hui capturent prioritairement le thon, l'espadon, ou les petits pélagiques, à l'image des sardines et des anchois. Ces grands navires doivent aujourd'hui être mieux contrôlés dans le cadre de plans pluriannuels de gestion des pêches en Méditerranée. Un peu à l'exemple de ce qui s'est passé à partir des années 2010 avec le thon, où, sous l'égide de l'Union européenne, des quotas drastiques ont été fixés, qui ont permis de reconstituer en quelques années la biomasse des thons en Méditerranée, avec, c'est vrai aussi, l'apport, sans doute, d'oscillations naturelles qu'on peine aujourd'hui à mesurer précisément.

La préservation des pêches méditerranéennes doit passer aussi par un effort des petites pêches que j'ai mentionnées. Ces petites pêches doivent être, elles aussi, réformées par une meilleure prise en compte des dynamiques des espèces, par, aussi, une acceptation du rôle positif des AMP dans la préservation de la ressource. Mais n'oublions pas que ces petites pêches constituent peut-être l'une des clés d'un développement durable des pêches en Méditerranée, parce qu'elles sont polyvalentes, elles ont montré à travers l'Histoire leur capacité à s'adapter. Et donc, aujourd'hui, alors que nous sommes dans un moment de changement global, finalement, la préservation de ces petites pêches peut être un atout pour l'avenir. Ces petites pêches s'inscrivent dans des circuits courts, elles produisent peu de carbone, et elles maintiennent, par leurs activités, une large gamme de produits offerts à la consommation, qui évitent la concentration de l'effort de pêche sur quelques espèces cibles. La preuve nous en a été apportée depuis une dizaine d'années. Ces petites pêches se sont adaptées aux nouvelles espèces introduites en Méditerranée. Certaines sont invasives, vous voyez ici du poisson lapin, vous voyez du crabe bleu, qui aujourd'hui sont exploités de l'Espagne jusqu'aux côtes tunisiennes. 

Il est important de rappeler que toute réforme des pêches aujourd'hui doit se mener dans un cadre général, écosystémique. Il ne s'agit pas d'accuser les pêcheurs d'être responsables de tous les maux. Les pêcheurs ont perdu une partie de leur maîtrise de l'espace maritime. Ils sont concurrencés par les pêches de loisir qu'il va falloir réguler rapidement. Ils sont victimes aussi des destructions d'habitat de la ressource. Urbanisation, construction de ports, destruction des herbiers. Ils sont victimes en fait, comme nous tous, de l'appauvrissement des eaux et des pollutions qui jouent aussi un rôle important dans la disparition des espèces et de la ressource.