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Description

Dans cette vidéo, Dominique Bourg présente les deux grands défis environnementaux qui aujourd'hui se posent aux sociétés humaines. D'une part l'épuisement des ressources, et d'autre part la dégradation de la biosphère. Il conclut en discutant de termes comme les pollutions, les crises ou encore les risques en lien avec ces enjeux globaux.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Niveau

  • Bac+1
  • Bac+2

Types

  • Grain audiovisuel
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Contributeurs

Dominique Bourg

Dominique BOURG, Professeur ordinaire – Université de Lausanne 

Pour présenter de façon synthétique les problèmes, les difficultés écologiques contemporaines, on peut les présenter de la façon suivante : comme deux fronts.

    Le premier front est celui de la déplétion des ressources. 
•    Les premières ressources que nous épuisons, ce sont évidemment les ressources fossiles et grosso modo 85 % de l'énergie primaire que l'on consomme au monde est d'origine fossile. 

    Or, nous sommes déjà contraints d'aller chercher des pétroles, du gaz, dans des conditions extrêmement difficiles, sous les glaces, sous la mer, dans la roche mère, à des profondeurs importantes, avec des forages verticaux et horizontaux etc. et tout cela a un coût énergétique de plus en plus élevé. 

    En d'autres termes, on consomme de plus en plus de pétrole pour ramener du pétrole. C'est pareil pour le gaz. Ça commence à devenir pareil pour le charbon.

•    On a le même genre de difficultés, le même problème de déplétion avec les métaux. 

    En fait ils sont - pour certains seulement - abondants sur terre, simplement là où on peut les exploiter c’est lorsqu'ils sont concentrés pour des raisons telluriques et même parfois des raisons bactériennes et là on a pratiquement déjà fait le vide ou en tout cas on s'en approche. 

    Alors c'est très variable selon les métaux, certains métaux comme le gallium, on ne produit que quelques dizaines de tonnes au monde, on est très proches de l'épuisement. 

    Pour d'autres, on va produire beaucoup plus, le cuivre et encore beaucoup plus le fer mais là aussi, on approche de l'épuisement des ressources acceptables, possibles sur un plan énergétique. 

    On a même le problème avec le sable, il y a des régions au monde où on manque de sable, où on manque d'eau. Alors vous allez me dire il y a le désert, ben oui mais ce n’est pas le même sable, on ne peut pas faire du ciment avec. 

    On a des problèmes avec tout ce qui est ressources biotiques, avec les poissons etc. et de façon générale entre 1970 et 2010 on a détruit la moitié des mammifères, la moitié des oiseaux, la moitié des poissons, la moitié des reptiliens et des amphibiens. 

    Donc partout, partout où il y a des ressources indispensables aux activités humaines, nous sommes en train de les épuiser.

    Et puis, il y a un second front et c'est le front en fait des régulations du système biosphère. C'est le front des limites planétaires. Et quand on franchit ces limites, et bien on fait basculer le système Terre vers un autre équilibre et c'est précisément ce que nous avons déjà fait. Alors, il y a neuf de ces limites :
-    On a le cycle du carbone avec le climat ;
-    On a la biodiversité ;
-    On a les cycles de l'azote et du phosphore ;
-    On a l’acidification des océans ;
-    On a la déplétion de la couche d'ozone ;
-    Nous avons les problèmes d'eau ;
-    L'usage des sols ;
-    Les aérosols… etc.

    Il y a neuf de ces domaines, on ne sait chiffrer le seuil que pour six de ces domaines et depuis 2015, nous avons franchi quatre de ces limites.

    Les papiers de références sont ceux de Rockström (2009), et janvier 2015 pour Steffen. 

On a franchi la limite dans le domaine :
-    Du cycle du carbone et du climat ;
-    La limite dans le domaine de l'érosion de la biodiversité :
-    La limite dans le cadre des cycles de l'azote et du phosphore ;
-    Et plus récemment encore, en matière d'usage des sols avec la question de la déforestation.

    Et ça c'est très important parce qu'on bascule et c'est ce qu'on appelle l’anthropocène, c'est-à-dire l'ère dans laquelle nous entrons a été caractérisée par le fait que l'humanité est devenue une force géologique.

    On a même un impact sur la tectonique des plaques, sur l'activité volcanique par la fonte de la masse glaciaire de l’inlandsis.

Mais la grande difficulté, c'est que tous ces problèmes ne sont pas visibles et donc les mots qu’on emploie pour les qualifier sont très importants puisqu'on ne les voit pas. 
    On ne voit pas le fait qu'il y a 400 molécules de dioxyde de carbone dans un volume d'un million de molécules d'air, on ne voit pas les micros polluants qui sont dans cette salle etc. 

    On ne perçoit pas avec nos sens les radionucléides, etc. etc. 

Alors déjà le mot environnement lui-même qu’on est allé rechercher grosso modo - du moins pour la langue française -, dans les années 70, il était déjà, il avait déjà pénétré avec VIDAL DE LA BLACHE au début du XXe siècle mais on l’a pris parce qu'on avait l'impression d'avoir besoin d'un nouveau mot pour qualifier des problèmes nouveaux ce qui n’était pas du tout faux mais en même temps, ce mot environnement il est très anthropocentré, comme vous l’avez vu, nous sommes une force géologique et on influe déjà au-delà de l'environnement sur le système Terre lui-même. 

Mais revenons sur trois mots, le mot pollution, le mot crise et puis le mot risque.
•    Très rapidement le mot pollution, vous l'avez vu, en fait je l’ai même oublié. Je n’ai pas parlé de pollution quand j'ai parlé de déplétion et quand j'ai parlé des neuf limites, j’ai oublié. L’une de ces neuf limites c’est précisément la pollution chimique. 

    Donc vous voyez, ce n’est qu’un aspect - grave par ailleurs, surtout sur un plan sanitaire -, mais ce n'est qu'un tout petit aspect des problèmes d'environnement. 

    Donc quand on dit les problèmes d'environnement, c'est la pollution, ben non, on réduit extrêmement la réalité et puis les pollutions on peut les réduire avec des aspects techniques, avec des techniques nouvelles. Là on a essentiellement des problèmes de flux et en fait les techniques avec l'effet rebond font qu’en général elles nous permettent d'accroître les flux donc elles ne nous permettent pas de résoudre les difficultés qui sont les nôtres aujourd'hui.

•    On parle de crise, c'est tout à fait inapproprié de parler de crise.

    Imaginez par exemple qu’on ait trois degrés d'augmentation à la fin de ce siècle, vous aurez encore deux degrés dans les tuyaux, c'est-à-dire qu’il y aurait deux degrés de plus à la fin du XXIIe siècle et ça pour 5 000 ans et ensuite ça va redescendre sur des milliers d'années decrescendo. 

    On ne peut pas parler de crise, une crise c’est un moment difficile qu’on doit traverser. Là non, on rentre dans un état nouveau de la planète et de même, si on allait trop loin dans nos dégradations, on pourrait compromettre l'existence de l'espèce humaine sur Terre. 

•    Parler de risque à ce propos ça n'a pas de sens. Un risque ce sont des dommages circonscrits et des dommages qu'on peut compenser. 

    Si la planète devenait hostile au séjour des hommes, ça ne serait pas un risque, on pourrait appeler ça un dommage transcendantal.

Donc il est très important de désigner avec les mots les plus justes possible - qu'on peut faire aussi évoluer dans le temps -, ces difficultés d'environnement parce qu'encore une fois, elles échappent à nos sens.