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Description

Dans cette vidéo, Alban Verchère s'intéresse, après avoir discuté de la pertinence des dénominations "pays du Nord" et "pays du Sud", aux représentations et aux rapports qu'entretiennent les pays du Nord et ceux du Sud avec le développement durable.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Mentions Licence

  • Géographie et aménagement

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3

Objectifs de Développement Durable

  • 10. Inégalités réduites

Types

  • Grain audiovisuel
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Contributeurs

Alban Verchere

Alban VERCHERE, Maître de Conférences – Université Jean Monnet de Saint-Etienne 

Le thème sur lequel nous sommes invités à nous exprimer aujourd'hui porte sur les regards croisés que peuvent porter le Nord et le Sud sur le développement durable et devrait-on dire, finalement, soutenable, cet anglicisme qui correspond mieux finalement à cette idée de trouver un développement qui soit tenable au regard des limites de la planète.

Compte-tenu de l'interdépendance croissante du Nord et du Sud en matière de développement et de la même façon de l'interdépendance croissante de leurs soutenabilités respectives - j'entends ici qu'il apparaît difficile au Sud d'être sur une trajectoire durable si le Nord ne l’est pas lui-même et réciproquement - cette question finalement de ce thème des regards croisés appelle deux questions :

•    Une première consiste à s'intéresser aux représentations que le Nord et le Sud peuvent se faire du développement durable ;

•    Et l’autre porte autour des rapports - de façon d'ailleurs plus prégnante, d’une certaine façon -, porte sur celle des rapports que le Nord et le Sud peuvent entretenir autour du développement durable de l'humanité toute entière à laquelle, évidemment, ces deux entités appartiennent.

Mais avant d'y venir, je voudrais revenir rapidement sur la dichotomie Nord-Sud que l'on emploie encore régulièrement, même si naturellement elle est en partie datée.

•    Alors, elle est datée pour une raison simple, c'est que depuis l'accélération sans précédent, le rythme inouï de la mondialisation, en gros depuis les années 70, nous n'avons plus à faire à des touts homogènes, bien qu'ils ne l'étaient sans doute pas à l'époque et c'est même l’évidence, mais on a à faire à des ensembles qui sont beaucoup plus hétérogènes, beaucoup plus éclatés par suite de cette mondialisation. 

    En effet, entre certains pays d'Asie qui ont connu une trajectoire assez spectaculaire depuis ces quarante dernières années et certains pays d'Afrique, notamment de l'Afrique sahélienne ou encore de la corne de l'Afrique, encore pris au piège du sous-développement et du mal développement, il y a une distance qui est naturellement considérable.

    On pourrait dire la même chose d’ailleurs du Nord, il n'y a qu'à voir et là on entre dans le sujet, à quel point États-Unis, Canada, Australie et européens ont achoppé sur la question du réchauffement climatique, des gaz à effet de serre dans le cadre du protocole de Kyoto pour saisir qu'il n'y a pas plus un Nord qui serait uni, un Nord unique, qu’il n’y a de Sud qui serait unique et uni.

•    Elle est également doublement datée dans la mesure où au-delà de cette hétérogénéité croissante, au-delà de cette variété entre Nord et Sud, à certains égards, plusieurs pays du Sud s'apparentent de plus en plus au Nord, d'une certaine façon, le Nord on dirait le Sud entre guillemets à certains égards et de la même façon le Sud, on dirait de plus en plus le Nord. 

    J'entends là aussi, et très simplement que quand on voit l'enrichissement manifeste d’un certain nombre de pays du Sud depuis une quarantaine d'années, il est bien évident qu'il n'y a une distance que très faible maintenant avec certains grands pays du Nord et de la même façon, ou même différemment, certains pays du Nord ressemblent à certains égards de plus en plus au Sud. Sans doute il y fera de plus en plus chaud, bon ça c’est un fait si on doit s'en tenir aux dimensions de proprement climatiques mais au-delà, le Nord, en tout cas certains pays du Nord ont vu une partie de leur population se paupériser depuis ces quarante dernières années, ont vu les inégalités augmenter, d’effets stylisés qu'on croyait largement derrière nous et surtout qu'on associait très souvent au Sud.

Pour autant, cette dichotomie fait quand même sens pour deux raisons :
•    D'abord une raison très simple, élémentaire, c'est qu'on le veuille ou non à l'échelle de l'humanité, à l'échelle de l'histoire de l'humanité, le Nord reste globalement riche, très riche, ayant même atteint sans doute l'opulence en particulier en regard d'un Sud qui en dépit bien sûr de l'enrichissement de certaines zones et des évolutions contrastées entre certains pays du Sud, et bien un Sud qui reste quand même encore souvent pris au piège ou face à des difficultés que nous ne connaissons plus quant à l'accès à l'alimentation, quant à l'accès à l'eau, quant à l'accès à l'éducation, à la santé et puis plus largement aux droits et libertés les plus fondamentaux ou encore à la sécurité la plus élémentaire.

    Donc en cela, le Nord reste quand même une entité à part.

•    De la même façon, le Sud se caractérise par, je vous le disais, des travers qu’on ne connaît plus au nord et de ce point de vue-là ce n'est pas incohérent de considérer qu'il y a encore des signes caractéristiques du Sud.

Elle fait également sens et évidemment bien sûr, concernant la question qui nous intéresse aujourd'hui, le développement durable et ça pour une raison assez évidente, assez élémentaire, c'est que le Nord a connu un développement bien avant le Sud et qu'à ce titre là il porte une responsabilité : une responsabilité première dans les atteintes considérables portées à l'environnement depuis en gros 150 - 200 ans.

    Donc nous la reprendrons à notre compte et c'est pourquoi nous parlerons régulièrement de Nord et de Sud.
Alors, j'en viens maintenant à nos deux questions par lesquelles nous avons commencé ce propos, à savoir celle des représentations Nord/Sud du développement durable et des rapports qu’entretiennent le Nord et le Sud quant au développement durable.

Alors d'abord je voudrais faire quelques propos liminaires sur le rapport à la nature, j'ai envie de dire, dans l'histoire.

    Si au fond on regarde l’histoire ancienne et si on devait par exemple s’en remettre aux textes sacrés des plus grandes religions, qu'il s'agisse du bouddhisme, de l'hindouisme, du confucianisme, du christianisme, de l'islam, voire aux religions qui ne sont pas celles des livres comme la religion animiste, au fond, on ne serait sans doute pas aux antipodes et dans toutes ces religions on trouverait un rapport de l'homme à la nature sans doute pas si éloigné que ça, avec une nature qui s'impose à l’homme, qui lui offre un certain nombre de bienfaits c'est l'évidence, la naissance, y compris des plantes bien sûr, la croissance mais aussi une nature qui impose, j’ai envie de dire, son rythme, ses événements, voilà, des épisodes de sécheresse, en passant par les tempêtes, en passant par les inondations avec leur cortège de conséquences pour l'humanité, la disette, parfois pire, la famine, les épidémies et finalement la mort. 

    J’ai envie de dire que pendant très longtemps finalement ce rapport de l'homme à la nature n’a sans doute pas été à des années-lumière selon qu'on était au Sud, au Nord, dans telle ou telle région du monde.

    Évidemment les choses ont changé à partir, on va dire, de la Renaissance et vont s'accélérer bien sûr à partir du XVIIIe et XIXe siècle.

    Depuis le siècle des Lumières et la Révolution rationaliste jusqu'aux révolutions positivistes et industrielles du XIXe siècle, très clairement le Nord va prendre une trajectoire particulière et va mettre la nature à son service ; ça a toujours été le cas mais elle va la mettre avec l’impression que la nature est sans limite, sans réserves.

Est-ce à dire pour autant que le Sud parce que, pendant ce temps-là, il n’a que très peu contribué ou participé à la dégradation de l'environnement, est-ce à dire que le Sud a eu un comportement vertueux ?

    Naturellement non. C'est davantage la conséquence d'un sous-développement, d'un non-développement, d'un mal développement et bien moins l’adhésion à un rapport beaucoup plus fort à la nature. 

    Et j'ai envie de dire, pendant toute l’ère coloniale et après l'ère coloniale, on verra le Sud finalement répliquer entre guillemets au développement du Nord, de façon beaucoup plus déséquilibrée bien sûr, mais avec des mêmes impératifs, nourrir une population, accumuler des richesses et avec somme toute un souci très limité de la nature.

C'est d'ailleurs à ce titre-là qu’on peut comprendre l’évolution des rapports entre le Nord et le Sud et j'en viens donc à cette question des rapports entre le Nord et le Sud.

Au fond, si tout le monde a été à peu près d'accord pour convenir que compte-tenu de la responsabilité historique du Nord, et bien il fallait que le Nord fasse le premier un effort et c'est ce qui en gros avait été entériné dans le cadre du protocole de Kyoto même si on sait ce qu'il en est advenu et même si on sait naturellement qu’un grand nombre de pays du Nord n'ont pas fait les efforts qu'on attendait, en tout cas à peu près tous ont acté leurs responsabilités de ce point de vue-là, il n'y a plus de doute par rapport au Sud en particulier.

    Maintenant, il est bien évident à regarder le développement phénoménal de pays que j'évoquais toute à l'heure et en particulier d'Asie - la Chine, l'Inde -, il est bien évident que ces pays, compte-tenu d’un développement qui jusqu'à maintenant n'a pas lui-même pas vraiment été centré sur la préservation de la nature, il est bien évident qu'il faudra redéfinir et sans doute, ça va être l'objet des débats, y compris de la COP 21 qui va se tenir en fin d'année en France, à Paris, il est bien évident qu'il faudra redéfinir les responsabilités de chacun et qu'on ne pourra pas durablement trouver des accords qui comptent simplement sur le Nord, les efforts du Nord pour déboucher sur un développement durable. 

Il apparaît évident que c'est une ressource qui est désormais collective et elle l’est d'autant plus vis-à-vis en particulier de cette partie du Sud qui est restée très peu développé, parfois même à l’état d'extrême pauvreté y compris étendue d'ailleurs à des petites îles, à des petites îles-états par exemple d'Océanie face auxquelles, naturellement, nous devons trouver des solutions rapidement y compris au Sud, dans l'ancien Sud.