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Description

Dans cette vidéo, Arnaud Diemer présente le rapport Meadows Limits to growth, son contexte, à savoir le début des années 1970, son architecture, son rôle dans l'émergence du concept de développement durable, mais aussi les réactions qu'il a suscitées chez plusieurs économistes.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Mentions Licence

  • Histoire

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3

Objectifs de Développement Durable

  • Les 17 ODD

Types

  • Grain audiovisuel
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Contributeurs

Arnaud DIEMER

UCA - Université Clermont Auvergne

Arnaud DIEMER, Maître de Conférences – Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand 

S’il y a bien un rapport qui a joué un rôle très important dans la prise en compte de l'environnement, c'est le rapport Meadows, plus connu comme rapport Limits to Growth

    Notez la traduction française de Halte à la croissance, ce qui montre bien la difficulté dans la compréhension du message.

Pour rappeler un petit peu les choses, le rapport Meadows, c’est 1972, premier sommet de la Terre à Stockholm. Il y a deux rapports qui vont être également associés à ce rapport :
•    Le rapport Notre planète de Barbara WARD et René DUBOS, qui est un rapport un petit peu informel, un rapport sur le sommet de la Terre ;

•    Puis le rapport anglais, Blueprint Survival, qui va être un moyen de replacer l'environnement au centre des préoccupations ;      

    Mais ce rapport Meadows va jouer un rôle très important parce qu'effectivement, il apporte une méthode, une réflexion et surtout il va initier ce qu'on appellera plus tard le développement durable.

Pour comprendre un petit peu l'architecture, il y a quatre éléments qui sont des éléments au cœur du modèle : 
•    Le premier élément c’est le mandataire, le commanditaire : le club de Rome. Il faut rappeler que c'est un type d'association très informelle qui est dirigée à l'époque par Aurelio PECCEI, qui est chez Fiat, administrateur et puis Alexander KING, qui était ancien directeur de l'OCDE. 

Et ce groupe, ce think tank comme on l'appelle aujourd'hui, veut réfléchir sur l'avenir, l'avenir de la planète et la capacité de surcharge de cette planète et il commandite un rapport indépendant, ce fameux rapport Meadows.

•    Deuxième élément important dans l’architecture, c'est la simulation. C’est la première fois qu'un modèle repose sur une simulation informatique. 

    Alors il y a eu différents modèles, World 2, World 3, World 2000 et ces modèles ont une particularité, c'est que c'est un chiffrage informatique avec des données brutes et surtout il est basé sur un ensemble de systèmes :
-    Le système démographique ;
-    Le système industriel ;
-    Le système également urbain.

Autrement dit, ce qu'on veut savoir, c’est quelles peuvent être les conséquences à plus ou moins long terme, en faisant une simulation de notre croissance économique sur notre planète.

•    Troisième intérêt, c’est l’institution qui va travailler sur le projet, sur le rapport Meadows, c'est le MIT avec deux personnes importantes : J. FORRESTER qui travaille sur la cybernétique, sur la systémique.

    L'intérêt pour lui c'est de faire ce modèle, faisant apparaître des scénarios, de la prospective ;

    Et puis Dennis MEADOWS qui va être l'auteur du rapport et qui va justement essayer de faire un scénario envisageable pour les 40 à 50 ans qui vont suivre.

•    Enfin peut-être ce qui va surtout faire débat, c’est la méthode scientifique utilisée, la systémique. 

    On parle de dynamique des systèmes, cette dynamique des systèmes repose sur un calibrage très particulier puisqu’on réfléchit non pas sur les maillons d'un système mais plutôt sur les boucles, autrement dit, les liens entre ces maillons et ces boucles, on le verra sont des boucles qu'on appelle de rétroaction, elles peuvent être positives, elles amplifient un phénomène, elles peuvent être stabilisatrices si effectivement elles réduisent l'amplification du phénomène.

Alors ce qu'on retient surtout du rapport Meadows, c'est l'effet catastrophique puisque ce rapport identifie dans les 50 à 60 ans, on est en 72, épuisement des ressources naturelles : plus de nickel, plus de cuivre, plus de pétrole et surtout un phénomène exponentiel. La croissance va buter sur une contrainte, elle n'est pas illimitée et ces facteurs limitants, il faut pouvoir les définir.

Ce rapport évoque quand même l'effondrement du système à l'horizon 2020 - 2030 et forcément, ce type d’effondrement va interpeller un grand nombre d'économistes, un grand nombre de scientifiques. 

    Et les premiers à réagir effectivement à ce scénario, à cette scène catastrophe, ce sont les économistes et on va dire qu'un économiste va jouer le rôle de déclencheur de la polémique, c'est HAYEK. HAYEK est un économiste libéral, il obtient le prix Nobel en 74 et lors de son discours inaugural, il est très surpris, il se dit comment se fait-il qu'on médiatise un rapport et qu'on ne dise strictement rien sur les gens qui ont décrié ce rapport, qui l'ont remis en cause ? 

    Et HAYEK, va justement citer deux sources extrêmement importantes : 

-    BECKERMAN qui va effectivement écrire un ouvrage dans lequel il revient sur les scénarios du rapport Meadows ;

-    Et puis surtout un autre économiste, HABERLER qui lui va voir toutes les astuces du rapport, tout ce qui ne va pas dans la compréhension du modèle et la méthode scientifique notamment la systémique.

    Mais on va dire qu'il faudra attendre pratiquement un an plus tard, 74, pour que les économistes répondent très brutalement à ce rapport par, on va dire, une réponse qui ne débouche sur aucune difficulté de compréhension pour tout type d'économiste qui est de dire : s'il y a épuisement des ressources naturelles, s'il n'y a plus de pétrole, c'est pas grave, on remplacera le pétrole qui coûte cher par une ressource qui coûte beaucoup moins cher et on pourra toujours remplacer une ressource par une autre.

    Autrement dit, les ressources naturelles sont un facteur de production qui peut être remplacé et comme il peut être remplacé, nos fonctions de production deviennent des fonctions de productions substituables.

    On voit l'intérêt ici de cette réponse des économistes, c'est que brutalement, on pense que l'on pourra toujours remplacer un facteur qui coûte cher par un facteur qui coûte beaucoup moins cher et puis même si on n'y arrivait pas, on a foi dans l'innovation. L'innovation, le progrès technique va nous sortir de la catastrophe.

Alors ce rapport Meadows date effectivement de 72, depuis, on a eu deux autres rapports : un premier rapport en 1994, un rapport en 2002 : 

    En 2002 on évoque une surchauffe, ce qu'on appelle l’overshooting. 

    Les économistes prétendent, et le rapport le dit clairement - il n'y a pas que des économistes, il y a également des scientifiques -, ce rapport prétend qu'en 2020 - 2030, le scénario envisagé en 72 devient irrémédiable et plus récemment, en 2012, Dennis Meadows est venu en France, à Paris, présenter non pas un troisième rapport mais présenter ce que pourrait être l'avenir de la société. 

    Ce troisième rapport, qu'on voudrait décrire comme rapport, est généré par Graham TURNER qui a repris le rapport effectivement de MEADOWS et que dit TURNER ?

    On est un petit peu dans la vague du trop tard, de la surchauffe, on ne pourra pas éviter un pic – qui est 2030, ce pic montrerait que la croissance va s'essouffler brutalement et surtout la population va se réduire à partir de cette date.

    Alors on peut bien sûr critiquer ces références au catastrophisme. Ce qu'on peut juste rappeler, c'est que depuis 50 ans, un ensemble de scientifiques à travers ces différents rapports mettent le doigt sur une question cruciale pour notre avenir :
Comment aujourd'hui redéfinir le rapport à la croissance et comment redéfinir un nouveau modèle socio-économique ?