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Description

Dans cette vidéo, Catherine Larrère discute de l'éthique environnementale, en s'appuyant notamment sur l’œuvre d'Aldo Léopold. Elle se penche sur les questions de valeur de l'environnement, de bio- et d’anthropocentrisme, et conclut par une présentation des deux fondements des éthiques environnementales.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Mentions Licence

  • Philosophie

Thèmes

  • Éthique et responsabilité environnementale

Types

  • Grain audiovisuel
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Contributeurs

Catherine Larrere

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Catherine LARRERE, Professeur – Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 

Nous allons parler des éthiques environnementales. On entend par là l'idée que nous avons avec la nature une relation qui n'est pas seulement technique mais qui est aussi morale. Que nous pouvons avoir des devoirs vis-à-vis de la nature et des entités qui la composent ou que celles-ci puissent avoir des droits.

Cette réflexion éthique s'est développée de façon assez systématique depuis les années 1970, surtout dans les pays de langue anglaise, en Amérique du Nord, États-Unis, Canada mais aussi Nouvelle-Zélande, Australie et Grande-Bretagne.

Mais pour comprendre de quoi il s'agit, je pense qu'il est préférable de revenir un peu en arrière, dans la première moitié du XXe siècle et de voir qui était Aldo LEOPOLD. Aldo LEOPOLD était un forestier américain qui a été actif dans la première moitié du XXe siècle et qui à la fin de sa vie a publié un livre qui allait être publié juste après sa mort, en 1949 et qui allait avoir un très très grand succès et une très très grande importance dans les éthiques environnementales.

Il s'agit de l'Almanach d’un Comté des Sables où LEOPOLD décrit sa vie dans la nature, dans le domaine qu'il a dans le Comté des Sables (c'est-à-dire dans le nord des États-Unis, dans le Wisconsin), ce qu'il rencontre, ce qu'il voit et à la fin de son livre donc il expose ce qu'il appelle land ethics, son éthique de la terre et il y remarque qu’il lui paraît inconcevable qu'une relation éthique à la terre puisse exister sans amour, sans respect, sans admiration pour elle et sans une grande considération pour sa valeur. 

    Il précise, que par valeur, il n'entend pas la valeur au sens économique mais la valeur philosophique.

    Et c'est finalement à répondre à l’espèce de question qu’ouvre LEOPOLD, que se sont consacrées les éthiques environnementales qui se développent donc dans le dernier tiers du XXe siècle.

À la question de la valeur, elles ont apporté deux réponses :

•    La première, c'est celle de la valeur intrinsèque.

    L'idée, c'est d’opposer l’instrumental et l’intrinsèque. 

    L’instrumental, c'est ce dont nous faisons un instrument, un moyen, ce qui est utile pour nous et la valeur économique, c'est essentiellement ça, la valeur économique mesure - d'une façon ou d'une autre -, mais mesure l'utilité qu'une chose a pour nous. 

    Or, parler de la valeur intrinsèque, c'est dire que les choses n'existent pas que pour nous, qu'elles ont une valeur en elles-mêmes, que les êtres vivants continuent à vivre, se reproduisent et que cela leur donne une valeur et que cette valeur doit être respectée. 

    Et ce sont donc des éthiques et qui poussent au respect de la nature, en opposant l'instrumental et l’intrinsèque.

•    Il y a eu une autre réponse, la deuxième réponse a consisté à dire que cette opposition entre instrumental et intrinsèque était rigide et que nous pouvions très bien trouver une utilité à la nature sans pour autant la détruire comme nous faisons quand nous consommons ce que nous avons produit de façon agricole. 

    Et donc, ceux qui ont posé la pluralité des valeurs ont au contraire insisté sur toutes les raisons que nous avions de donner de la valeur à la nature, l’admiration, le respect, la considération etc. sans chercher à la détruire. 

    Un scientifique par exemple ne cherche pas à détruire son objet, au contraire il le préserve, l’admiration esthétique que nous avons pour la nature, le fait qu'elle nous donne des sentiments métaphysiques ou religieux mais aussi et on en parle beaucoup ces derniers temps avec la question des services écosystémiques, mais aussi le fait que la nature nous rend un certain nombre de services, par exemple la pollinisation, les oiseaux ou les abeilles qui pollinisent les fleurs et qui leur permettent de se reproduire et que tous ces services donc que nous rend la nature impliquent que nous la valorisions sans la détruire.

    Donc là où la valeur intrinsèque posait la qualité unique d'une chose qui vaut pour elle-même, posait qu'on ne peut pas la remplacer, qu’elle est non substituable, au contraire, la question de la pluralité des valeurs insiste sur le fait que nous avons quantité de raisons d'attribuer des valeurs à la nature.

    Alors on voit qu'il y a d'un côté une conception qui accorde de la valeur à la nature en elle-même, en dehors de l'homme et pour ça, on dit que la vie est au centre de la considération morale, on va parler de biocentrisme, alors qu'au contraire, la considération de la pluralité des valeurs insiste sur le fait que ça vaut pour l'homme et donc on va parler d'anthropocentrisme.

    Dans la discussion, on a beaucoup insisté sur l'opposition qu'il y avait entre ceux qui valorisent la nature en dehors de l'homme et finalement contre l'homme, et ceux, au contraire, qui pensent que l'homme valorise la nature mais à ce moment-là est-ce qu’il n'en fait pas un simple objet, est-ce qu'il ne la détruit pas ?

Donc il y a une opposition entre anthropocentrisme et biocentrisme. Or, si on revient à LEOPOLD, on peut se rendre compte qu'en fait, LEOPOLD n'a pas répondu directement sur la question de la valeur, il disait autre chose, il disait quelle était la formule qui pouvait guider nos actions dans la nature en disant une chose est juste, en anglais right, une chose est juste lorsqu'elle tend à préserver la beauté, l'intégrité et la stabilité de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu'elle tend à l’inverse.

Autrement dit, ce qu'il voulait dire par là, c'est que ce qui a de la valeur ce n'est pas des entités individuelles ou ce n'est pas seulement l'homme, c'est la communauté, ce qu'il appelait la communauté biotique, les écosystèmes mais aussi la vie commune que les hommes ont avec la nature.

    C'est-à-dire que l'idée de LEOPOLD, c'est que nous ne sommes pas extérieurs à la nature, nous faisons partie de la nature. 

    Or, cette idée de LEOPOLD, elle prend d'autant plus d'importance que – et c'est le cas aujourd'hui -, les questions environnementales sont devenues des questions globales qui prennent en compte la terre entière (comme on le voit avec le changement climatique, c'est la planète entière qui est menacée).

    Et c'est justement ça que met en valeur un élève ou un disciple de LEOPOLD, qui s'appelle John BAIRD CALLICOTT et qui a publié récemment un livre Penser comme une planète, Thinking like a planet, où il dit mais la querelle entre anthropocentrisme et biocentrisme, elle est dépassée parce que les hommes, comme le reste du vivant sont menacés par le changement climatique donc ils font partie eux aussi de la considération morale.

    Donc il dit on peut parler d'anthropocentrisme moral, mais ajoute-t-il, cela ne signifie pas que la terre entière ne soit faite que pour l'homme, qu'il soit le centre ou la fin de toute chose, nous devons aussi prendre en considération l'ensemble du vivant et donc, les éthiques du respect, celles que développait le biocentrisme sont aussi justifiées.

On peut dire que passer des éthiques locales que sont les éthiques, qui est l’éthique de LEOPOLD et que sont les éthiques qu'on commence à formuler dans les années 1970, aux éthiques du global d'aujourd'hui, c'est conserver une éthique du respect mais y ajouter une éthique de la responsabilité et c'est autour de ces deux valeurs, respect et responsabilité que les éthiques environnementales sont aujourd'hui focalisées.