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Description

Yunne Shin, directrice de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), présente dans cette vidéo le Rapport d'évaluation globale de la biodiversité et des services écosystémiques. Véritable synthèse de la littérature scientifique mondiale sur le sujet, ce rapport publié par l'IPBES en 2019 met en évidence l'effondrement actuel de la biodiversité et la dégradation inquiétante des services écosystémiques.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification
  • Paternité

Mentions Licence

  • Sciences de la vie

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3

Thèmes

  • Changements globaux
  • Ecosystèmes et biodiversité
  • Les problématiques environnementales

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

biodiversitéservices écosystémiquesécosystèmesimpacts environnementaux
Définition de la biodiversité
Définition de la biodiversité
Les grandes crises de la biodiversité
Les grandes crises de la biodiversité
La flexibilité du vivant dans les scénarios de biodiversité
La flexibilité du vivant dans les scénarios de biodiversité
Outils et cultures chez les autres animaux
Outils et cultures chez les autres animaux
L'Humain dans la Biodiversité
L'Humain dans la Biodiversité
Les avenirs possibles de la biodiversité
Les avenirs possibles de la biodiversité
L'Humain dans la Biodiversité
L'Humain dans la Biodiversité

Contributeurs

Yunne Shin

IRD - Institut de Recherche pour le Développement

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Yunne Shin, Directrice de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD)

Bonjour, je vais vous présenter les grandes lignes de l'évaluation globale de l'IPBES sur la biodiversité et les services écosystémiques. D'ailleurs, vous avez peut-être entendu parler de ce rapport, de près ou de loin, et je vais commencer par vous présenter l'IPBES de manière assez succincte.

L'IPBES, qu'est-ce que c'est ?

C'est la plateforme, entre science et politique, sur la biodiversité et les services écosystémiques. Son fonctionnement a été inspiré de celui du GIEC. Le GIEC en français, l'IPCC en anglais. En quelque sorte, l'IPBES est à la biodiversité ce que le GIEC est au changement climatique. Sa mission est de renforcer les connaissances scientifiques pour informer la prise de décision concernant la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité. Le rapport global de la biodiversité et des services écosystémiques de l'IPBES est une étape majeure. C'est un travail colossal qui s'est étalé sur trois ans. Il s'appuie sur l'expertise de 500 scientifiques, sur près de 15 000 publications scientifiques, mais aussi, fait assez inédit, il intègre un grand nombre de savoirs émanant des peuples autochtones.

Que nous apprend ce rapport ?

Il nous apporte de multiples évidences, de multiples preuves que la biodiversité s'effondre. En effet, la nature est dégradée à un taux et à une échelle sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Pour s'en faire une idée, il est toujours bon d'avoir quelques chiffres en tête.

Par exemple, 75 % de la surface des terres sont altérées de manière significative par les activités humaines ; 66 %, donc deux tiers de la surface des océans, subissent des impacts négatifs croissants ; nous avons perdu plus de 85 % des zones humides depuis le XVIe siècle. Pour vous donner une autre idée de l'ampleur des impacts des activités humaines sur la nature, il faut savoir que les cultures et l'élevage, pour notre alimentation, couvrent un tiers de la surface des terres, et trois quarts des ressources disponibles en eau.

Le rapport IPBES estime, au-delà des habitats, mais aussi pour les espèces vivantes, que 1 million d'espèces animales et végétales sont menacées d'extinction. Sur cette figure, vous voyez, à droite, le code couleur des catégories de vulnérabilité établi par l'IUCN. L'IUCN, c'est l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature, et l'on voit par exemple sur ce graphique que plus de 40 % des amphibiens, plus de 30 % des récifs coralliens, et plus de 30 % des requins sont menacés d'extinction.

En fait, le taux d'extinction global est estimé être de 10 fois à 100 fois plus élevé que le taux d'extinction naturel des 10 derniers millions d'années. Sur ce graphe, vous voyez par exemple le pourcentage cumulé des espèces qui se sont éteintes depuis le XVIe siècle. Les espèces animales, avec en tête, les amphibiens et les mammifères. Tout en bas de la figure, vous voyez en grisé le taux, le pourcentage d'espèces qui se sont éteintes naturellement.

Avec ces espèces, ce que nous perdons vraiment, ce sont des millions d'années d'évolution, des branches entières de l'Arbre du Vivant. On peut penser qu'il est difficile de préserver la biodiversité aujourd'hui, mais ce qu'on sait avec certitude, c'est qu'il sera encore beaucoup plus difficile, sans commune mesure, de préserver la biodiversité, et de la restaurer, si nous continuons à ce rythme effréné d'extinction des espèces.

Pourquoi se soucier de tout ça ?

Il faut s'en soucier pour la nature, bien sûr, pour elle-même, mais il faut s'en soucier aussi pour nous, les humains, puisque la nature sous-tend notre qualité de vie à tous. La nature, la biodiversité, c'est beau, mais ce n'est pas que beau, c'est l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, c'est la nourriture que nous mangeons, c'est notre santé à tous, c'est source d'innovations technologiques également, mais c'est aussi source de régulation du système Terre. C'est la régulation de notre climat, c'est la protection contre les évènements extrêmes, mais c'est aussi l'ancrage de nos cultures, c'est l'ancrage de notre identité, c'est source d'inspiration, de cohésion sociale, de bien être. La nature, c'est tout ça à la fois. C'est ce qu'on appelle les services écosystémiques, c'est notre assurance vie à tous, et c'est bien au-delà. Les services écosystémiques, ou encore les contributions de la nature aux sociétés humaines, vous en avez un tableau ici. Typiquement, on les catégorise en trois catégories. C'est-à-dire, les contributions de régulation, les contributions matérielles et les contributions non matérielles.

Ce que montre le rapport IPBES, c'est qu'on n'a jamais autant extrait de biomasse, de ressources naturelles, de bois, de poissons, de nourriture, etc., de la nature, depuis 50 ans. Là, vous le voyez en vert, les flèches qui montent, c'est les contributions matérielles. Mais cela s'est fait au détriment de toutes les autres contributions de la nature aux sociétés humaines, incluant les contributions de régulation et les contributions non matérielles.

Il y a plusieurs moteurs de dégradation de la biodiversité et de ses services écosystémiques. On a coutume de distinguer, tout d'abord, les facteurs directs d'impact. Le rapport montre que pour les écosystèmes terrestres, et les écosystèmes d'eau douce, le facteur d'impact le plus important, c'est l'utilisation de la terre, les changements d'usage des terres. Par exemple, les changements de pratiques agricoles, les changements de culture, les reboisements, les restaurations de systèmes naturels, ou encore l'étalement urbain. Pour les écosystèmes marins, c'est différent. Le facteur d'impact le plus important, jusqu'à présent, a été la pêche. Il faut, bien sûr, ne pas oublier les autres facteurs d'impact que sont la pollution, le changement climatique et les espèces invasives. D'ailleurs, les modèles scientifiques montrent que le changement climatique sera amené à avoir des impacts amplifiés, voire les impacts les plus importants sur la biodiversité dans les décennies à venir.

On a tendance à se focaliser sur ces facteurs d'impact directs, et à gérer ces facteurs d'impact directs, et cela de manière sectorielle. Or, à la racine de tout cela, il y a ce qu'on appelle les facteurs sources : les facteurs d'impact indirects. En anglais, les "Indirect Drivers". C'est par exemple la croissance démographique ; ce sont nos modèles économiques ; notre évolution technologique ; l'organisation et le fonctionnement de nos institutions ; nos modes de gouvernance ; mais aussi l'occurrence, non indépendante, de conflits, de guerres et d'épidémies. Tous ces facteurs indirects sont sous-tendus, bien entendu, par un ensemble de valeurs sociales. Remarquez, ici, que tous ces facteurs indirects d'impact sont les mêmes que ceux qui sont à l'origine du dérèglement climatique. On a un ensemble d'outils scientifiques, qu'on appelle des modèles et des scénarios, qui permettent de mettre en relation ces facteurs indirects d'impact avec les facteurs directs d'impact - je le rappelle que sont le changement climatique et la pêche - et, en bout de chaîne, les impacts sur la biodiversité et les services écosystémiques.

Ces outils que sont les modèles et les scénarios sont utilisés pour explorer, pour prévoir, pour projeter un ensemble de futurs plausibles de la biodiversité et des services écosystémiques. Cette jolie chouette harfang, qui est perdue dans la neige, ferme les yeux. Peut-être qu'elle est effrayée, qu'elle ne veut pas voir le futur qui l'attend, ou qui nous attend. Ici, je vais vous montrer les rapports, les résultats très agrégés qui sont évalués par le rapport IPBES, qui présentent ce que pourraient donner trois grands scénarios archétypaux de notre futur.

Le premier scénario, c'est l'optimisme économique ; le deuxième scénario, la compétition régionale ; enfin, le troisième, un scénario de développement durable. Le nom de ces scénarios parle de lui-même quant aux hypothèses qui sont sous-jacentes à chacun des scénarios. Ce que les résultats des modèles montrent, c'est que les trois scénarios aboutissent à une augmentation des contributions matérielles de la nature. C'est-à-dire qu'on va continuer à exploiter de plus en plus la nature, les ressources, le bois, la nourriture, etc. Ça se traduit, ici, sur le graphique avec une augmentation, vous voyez les barres jaunes. Dans le même temps, on a une baisse de la biodiversité dans les trois scénarios. Cette baisse est en rouge sur ce graphique, mais on voit que les tendances sont plus ou moins grandes selon les scénarios considérés. Remarquez que, justement, pour le scénario de développement durable, les tendances sont atténuées. Plus encore, ce qui est très intéressant, c'est que pour le scénario de développement durable, on a une inversion de tendance pour les services écosystémiques de régulation du système Terre. C'est-à-dire qu'alors que les deux autres scénarios produisent des tendances négatives, dans le scénario de développement durable, on aboutit à une tendance positive.

En conclusion, je dirais que le rapport IPBES est un véritable appel à l'action, puisqu'il montre que seuls des changements majeurs de nos économies, de nos gouvernances, de nos valeurs, de nos modes de vie, de nos modes de consommation, de nos modes de production permettront d'inverser les tendances négatives. Les connaissances et les outils existent, des réussites locales sont documentées dans le rapport IPBES, que je vous invite à consulter. Ces solutions doivent être, maintenant, déployées à grande échelle, à tous les niveaux de la société, et ce, de manière intersectorielle. La mise en œuvre de ces changements est bien sûr urgente. Elle est difficile, certes, mais le rapport IPBES nous montre qu'elle est possible. Retenez que la biodiversité, ce n'est pas qu'un enjeu environnemental, mais c'est aussi un enjeu sociétal, économique, moral et éthique.