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Description

Dans cette vidéo, Christian Amblard propose une définition de la biodiversité, qu'il appréhende sous l'angle fonctionnel. Après une mise en évidence des dynamiques de cette biodiversité, il présente l'approche des services écosystémiques.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3

Types

  • Grain audiovisuel
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Contributeurs

Christian Amblard

Christian AMBLARD, Directeur de recherche – CNRS 

Au cours de cette intervention, je voudrais donc vous montrer et surtout vous convaincre que la biodiversité doit avant tout être considérée sous un angle fonctionnel, qu’actuellement elle est encore très mal connue, qu'elle évolue à la fois dans le temps et dans l'espace, qu'elle rend un certain nombre de services à nos sociétés mais que malheureusement, actuellement, ces services écosystémiques sont en voie de dégradation.

    Alors généralement, la biodiversité est simplement définie comme étant la diversité biologique ou la diversité du vivant, mais en fait ce concept de biodiversité, il n'a réellement de sens, il n'a réellement de valeur que lorsqu'on le considère sous un angle fonctionnel, c'est-à-dire lorsque l'on appréhende l’ensemble des interactions entre la diversité des espèces, leur diversité génétique et la diversité des systèmes écologiques dans lesquels se développent ces espèces.

    Donc, la biodiversité ne se résume pas à un catalogue statique d'espèces mais au contraire, elle résulte de l'évolution et de la dynamique du monde vivant.
 
    Et donc en ce sens, la biodiversité constitue le fondement nécessaire au fonctionnement de notre planète et elle assure, en quelque sorte, la pérennité de la planète Terre.

    Alors, ce terme de biodiversité, il est relativement récent, puisqu’il date des années 1960 mais pour autant ça fait plus de trois siècles maintenant qu'aussi bien les botanistes que les zoologistes ont toujours cherché à dresser l'inventaire des espèces présentes sur Terre.

    Et à ce jour, il y a approximativement 1,9 millions d'espèces qui ont été inventoriées, qui ont été répertoriées avec un rythme actuel de l'ordre de 10 000 espèces par an décrites.
 
    Mais la communauté scientifique, elle, sur la base d'un certain nombre d'extrapolations estime que le nombre réel d'espèces sur Terre doit être compris entre 10 et 100 millions d'espèces, soit 5 à 50 fois plus que le nombre d'espèces que nous avons pu décrire jusque-là.

    Donc vous le voyez, la grande majorité des espèces présentes sur Terre sont encore inconnues et la plupart de ces espèces qui n'ont pas été décrites, ce sont des micro-organismes, ce sont des champignons, ce sont également un certain nombre d'invertébrés.

    Donc on ignore tout encore du rôle de ces espèces dans le fonctionnement des écosystèmes.

Alors, si vous voulez, les espèces que l'on a décrites jusqu'à ce jour constituent simplement la partie émergée d'un immense iceberg que constitue la biodiversité.

Alors, biodiversité qui est encore mal évaluée ou évaluée de façon très partielle mais en plus, une biodiversité qui évolue à la fois dans l'espace et dans le temps, qui n'est pas figée dans l'environnement.

•    Les variations spatiales tout d'abord, et bien elles dépendent de différents facteurs comme :
 
    La latitude. 
     On comprend très bien que le nombre d'espèces dans les zones équatoriales est très supérieur à celui que l'on peut observer dans les zones polaires.
     De la même façon, la biodiversité est nettement plus élevée aux altitudes faibles ou moyennes qu'aux altitudes nettement plus élevées. 
     Et dans ces deux cas, on peut penser que ce sont les facteurs climatiques et essentiellement la température qui sont les facteurs explicatifs prépondérants.
     Elle varie également, cette biodiversité, selon la profondeur, dans les écosystèmes aquatiques par exemple ou même dans les sols.
     Et elle varie également selon la nature des habitats.

•    Donc variations spatiales mais également évolutions temporelles. 
    Et là, sur ce point-là, il faut peut-être préciser qu’à l'échelle des temps géologiques, une espèce elle apparaît, elle se développe et puis elle disparaît après 5 à 10 millions d'années.
    C'est cela qui explique qu’actuellement seulement 1/1000 des espèces qui ont existé sur Terre sont actuellement encore présentes et vivantes sur notre planète.
    Alors, ce schéma d'évolution temporelle que je présente là, il ne s'applique qu’en dehors de ce qu'on appelle les grandes crises d'extinction des espèces. 
    Ce qui correspond finalement à des disparitions massives d'espèces dans des délais de temps relativement brefs et au cours des temps historiques (donc depuis 3,5 à 3,8 milliards d'années), et bien finalement il y a cinq grandes crises d'extinction des espèces qui ont été décrites. 

Les causes de ces grandes crises historiques d'extinction des espèces, sont rattachées à trois facteurs principaux :
-    Finalement, les collisions entre la Terre et un certain nombre de corps célestes ;
-    Les très fortes activités volcaniques ;
-    Et enfin, les changements climatiques extrêmement importants. 
 
Alors, cinq grandes crises historiques d’extinction des espèces et puis finalement, actuellement, nous vivons la sixième crise. 
    Elle se déroule actuellement donc sur quelques décennies seulement.

    Elle est caractérisée par des taux d'extinction qui sont 100 à 1000 fois supérieurs à ce qui a été observé au cours des 65 derniers millions d'années ;

    Et puis sa principale caractéristique, c'est que cette crise d'extinction massive des espèces elle est essentiellement liée à des activités anthropiques, à des activités humaines puisque l'on sait aujourd'hui que les principaux facteurs d'érosion de la biodiversité sont par ordre décroissant :
-    Ce que l’on peut appeler la destruction des habitats (par l'agriculture intensive, par la déforestation, par les transports) ;
-    La pollution généralisée (à la fois de l'air, du sol) ;
-    Et également la surexploitation des écosystèmes (comme les écosystèmes marins par la surpêche) ;
-    La destruction directe également des espèces (par la chasse, par le piégeage, par le braconnage) ;
-    Les changements climatiques ;
-    Et également les invasions biologiques (avec des espèces donc allochtones).

    Donc comme on vient de le voir, effectivement, ce sont des causes qui sont essentiellement d'origine et d'ordre anthropique.
Alors, pourquoi attacher autant d'importance à la biodiversité ?

    Et bien essentiellement parce que la biodiversité elle rend des services au travers des écosystèmes, elle rend beaucoup de services - qu'on appelle donc les services écosystémiques -, à nos sociétés humaines. 

    Et un rapport, du Millenium Ecosystem Assessment (qui a été produit en 2005), a distingué quatre grands types de services rendus par la biodiversité :
-    Ce que l'on appelle les services d’auto entretien (comme le recyclage des éléments nutritifs par exemple) ;
-    Les services d'approvisionnement ou de prélèvement (pour ce qui concerne des aliments ou des médicaments ou des matériaux que l'on prélève dans la nature) ;
-    Les services de régulation (comme la régulation du climat) ;
-    Et puis enfin des services que l'on peut qualifier de culturels (où la biodiversité est utilisée à des fins récréatives, à des fins esthétiques ou voire même à des fins spirituelles).

Le problème, c'est qu'actuellement, ces services sont en cours et en voie de dégradation extrêmement importante et cela a des conséquences socio-économiques sur l'ensemble de notre planète. 

    En effet, quelques chiffres pour illustrer mon propos : 60 % des services écosystémiques sont actuellement en cours de dégradation et ces pertes, donc des services écosystémiques, représentent 50 milliards d'euros par an.

    De la même façon, la planète perd entre 2000 et 4000 milliards de dollars de capital naturel par an.

    Si on s'intéresse maintenant à des domaines un peu plus spécifiques comme celui des pollinisateurs, et bien, il a été évalué à 230 milliards de dollars canadiens par an la disparation des abeilles.

    Et puis, de façon un peu plus prospective, les pertes de biodiversité pourraient entraîner un coût équivalent à 7 % du produit intérieur brut en 2050 (mondial), s'il n'y a pas de changement significatif des politiques vis-à-vis de la préservation de la biodiversité.

Donc, pour conclure et de façon plus fondamentale, plus générale, ce qu'il faut retenir c'est que les pertes de biodiversité correspondent en fait à des pertes d'information, une information qui a été acquise par l'évolution au cours de milliards d'années. 

Et finalement, ces pertes d’information privent les générations futures mais également les communautés animales, les communautés végétales, d'un large éventail finalement de capacités d'adaptation face notamment aux changements globaux qui affectent actuellement notre planète.

On voit donc là tout l'intérêt, toute la nécessité d'avoir une vraie politique à la fois sur la connaissance et sur la préservation de la biodiversité.