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Description

Magali Reghezza-Zitt, maître de conférences à l’École Normale Supérieure - Université PSL, discute dans cette vidéo (5'46) des notions d'adaptation et de résilience, en réponse à la vulnérabilité croissante des populations face aux changements globaux. Elle en apporte des éléments de cadrage avant de soulever 3 questions que pose leur usage de plus en plus soutenu par les institutions.

Niveau

  • Bac+3
  • Bac+4

Langues

  • Français

État

  • Labellisé

Thèmes

  • Éthique et responsabilité environnementale
  • Attendus Licence mention "Géographie/Aménagement"
  • Objectifs de Développement Durable
  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Licence Creative Commons

  • Pas de modification
  • Partage des conditions à l'identique
  • Paternité
  • Pas d'utilisation commerciale

Nature pédagogique

  • Animation
  • Cours

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

résiliencechangements globauxODDobjectifs de développement durable
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Contributeurs

Magali Reghezza-Zitt

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Résilience, adaptation et vulnérabilité aux changements globaux

Magali Reghezza-Zitt, Maître de conférences à l’École Normale Supérieure - Université PSL
 

Depuis plusieurs décennies, la résurgence des catastrophes naturelles et la prise de conscience des changements environnementaux globaux, notamment du changement climatique, ont fait prendre conscience à la communauté internationale et aux acteurs politiques d'une vulnérabilité croissante, ou en tout cas différente, des sociétés et des individus. Cette fragilité est particulièrement vraie lorsque l'on regarde les inégalités de développement puisqu'on se rend compte que le mal développement est un facteur d'accroissement de la vulnérabilité des populations.

Face à ces changements globaux environnementaux, deux solutions étaient possibles.

La première, c'est ce qu'on appelle la mitigation ou atténuation, qui consiste à agir, essentiellement de façon technique, pour réduire les dangers qui nous menacent. C'est par exemple le seuil des deux degrés et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. De l'autre côté a émergé l'idée de ce que l'on appelle l'adaptation, c'est-à-dire une transformation des sociétés et des individus qui permet d'arriver à ce que l'on appelle la résilience, c'est-à-dire la capacité de ces sociétés à répondre de façon appropriée au changement, faire face à ce changement, à se relever en cas de choc, à maintenir leur activité, à maintenir cette continuité d'activité.

L'adaptation peut prendre deux formes. La première, c'est ce qu'on a appelé l'adaptation incrémentale. C'est une succession d'ajustements, de réponses ponctuelles au coup par coup, qui permettent aux sociétés ou aux individus de faire face en cas de catastrophe, en cas de crise, en cas de pression lente, par exemple une crise économique ou alimentaire. On a une autre forme d'adaptation qui est l'adaptation transformationnelle. C'est une adaptation de longue haleine qui consiste en une transformation profonde et structurelle de nos modes de vie, de nos habitudes quotidiennes, de nos systèmes productifs, de nos systèmes industriels, agricoles, etc.

Ces deux formes d'adaptation n'ont pas le même coût. L'adaptation incrémentale mobilise des coûts techniques et souvent très chers financièrement. L'adaptation transformationnelle a un coût social, immédiat, parce que souvent, ce sont les populations les plus pauvres et les plus démunies qui seront frappées par les coûts de cette adaptation.

La résilience est donc devenue, à l'échelle internationale, une injonction qui vise à proposer une autre forme de sortie de la vulnérabilité puisque même si les populations, même si les sociétés sont vulnérables, elles peuvent aussi espérer devenir résilientes, c'est-à-dire être capables de faire face aux menaces qui nous entourent. Le problème de cette résilience, c'est qu'elle prend plusieurs sens selon les acteurs concernés. Pour certains, la résilience est un retour à l'état initial, à l'état antérieur, voire parfois une détérioration de la situation. Pour d'autres, au contraire, la résilience s'appuie sur un renouvellement, une émergence qui va faire que les sociétés pourront, par des transformations successives et par l'adaptation, s'améliorer et devenir plus responsables, plus justes et plus durables. Cette résilience reste aujourd'hui incantatoire. Elle est très difficile à opérationnaliser et elle pose trois questions.

La première question, c'est qui dit ce qui est meilleur ? Qui dit, pour une société ou pour un individu, quel est l'état vers lequel il doit tendre ? On touche à un problème politique et démocratique de définition de cet état, de cette normale, puisque la résilience est un concept extrêmement normatif.

Le deuxième problème est que la résilience est un concept qui s'applique à des systèmes. La résilience des composantes du système n'implique pas forcément la résilience du système englobant. Pour le dire autrement, la résilience d'une société n'implique pas forcément la résilience des individus qui la composent. Inversement, la résilience des individus ne conduit pas forcément à la résilience de la société dans son ensemble. Ici va se poser des questions de choix politiques, à quelle échelle on va travailler, vers qui on va destiner les politiques qui visent à construire la résilience des individus.

Le troisième problème est un problème d'ordre éthique et politique au sens large du terme qui touche à la question de la justice environnementale. En effet, la résilience peut être utilisée par certains acteurs dans une ligne très conservatrice qui vise à faire peser, à transférer sur les vulnérables les coûts, extrêmement lourds parfois, de l'adaptation, de la gestion des menaces, de la mitigation, bref de tous les instruments mis en place pour lutter ou pour accompagner les changements environnementaux. Cette question du transfert des coûts et des responsabilités vers les vulnérables est particulièrement problématique dans le cadre des inégalités de développement parce que, précisément, ce sont les plus faibles et les plus démunis qui ont le moins d'accès au pouvoir, qui subiront donc les politiques dites de résilience, sans pouvoir véritablement participer et prendre la part, prendre le pouvoir par rapport à ces enjeux de résilience.

La résilience pose aujourd'hui un enjeu sociétal majeur. C'est un horizon extrêmement prometteur. C'est un terme qui, même s'il est flou, permet de faire avancer les politiques publiques, privées, nationales, internationales, locales, mais aussi un terme qui est porteur d'un certain nombre de dangers, qui doit donc être manipulé avec beaucoup de précautions parce qu'il masque des enjeux éthiques, idéologiques, politiques, au sens fort du terme, qui questionnent nos sociétés à l'échelle nationale et à l'échelle mondiale.