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Description

Annick Comier, maire de la commune de Fonds-Saint-Denis en Martinique, présente dans cette vidéo une initiative visant à mieux impliquer les habitants dans la vie de la commune. S'appuyant sur un principe d'entraide ancien, le lasotè, elle décrit ce qui a été fait et quels en ont été les bénéfices pour les participants et pour la collectivité.

Objectifs d'apprentissage :
- Comprendre les problématiques que rencontrent aujourd'hui certaines communes rurales d'Outre-mer.
- Identifier les bénéfices d'approches engageantes et participatives pour la vie d'une commune rurale.
- Comprendre l'intérêt de mobiliser le patrimoine culturel local pour répondre aux problématiques contemporaines.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification

Mentions Licence

  • Science politique

Nature pédagogique

  • Entretiens et témoignages

Niveau

  • Bac

Objectifs de Développement Durable

  • 10. Inégalités réduites
  • 11. Villes et communautés durables

Thèmes

  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

Outre-merdémocratie participativepolitique de la ville
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Contributeurs

Comier Annick

maire de la commune de Fonds-Saint-Denis en Martinique

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Le Lasotè, un principe d'entraide pour la gouvernance locale à Fonds-Saint-Denis (Martinique)
par Annick Comier, maire de la commune de Fonds-Saint-Denis

Fonds-Saint-Denis est une petite commune du nord de la Martinique, et plus particulièrement du Nord-Caraïbes, située à quelque 7 km de Saint-Pierre, ville, qui, justement, doit sa réputation à l'éruption de la montagne Pelée en 1902.

1. Contexte et problématique
Nous rencontrons, au sein de cette collectivité, une certaine difficulté qui est son nombre de population qui s'est vue diminuer d'année en année. Nous sommes passés, dans les années 70, à une population de 1 400, 1 500 habitants, à aujourd'hui, en 2021, une population de 712 habitants. Ce déclin de la population denisienne est essentiellement dû aux différents exodes ruraux, à la période, bien sûr, du Bumidom, qui a généré le départ de bon nombre de Denisiens et de Denisiennes de la commune. Néanmoins, le reste de la population martiniquaise perçoit Fonds-Saint-Denis comme étant une commune excentrée. Cependant, hormis cet aspect excentrique, Fonds-Saint-Denis reste quand même un écrin de verdure. Écrin où la végétation est luxuriante, où la biodiversité est abondante. Quel paradoxe, effectivement.

Or, les quelque 712 habitants qui vivent sur le territoire de cette commune aspirent à ce que leur territoire soit quand même beaucoup plus attractif, beaucoup plus accueillant pour les Martiniquais eux-mêmes et pour tous les touristes qui souhaitent la découvrir. 

Alors, partant de ce principe, il est clair qu'il s'avère nécessaire de développer la commune.
Mais est-il nécessaire de développer cette commune avec les outils de développement classiques que nous connaissons ? Ou faut-il plutôt trouver un outil de développement permettant un développement adapté à la taille du territoire et, bien sûr, à la spécificité du territoire de Fonds-Saint-Denis ?

2. Le Lasotè
Nous, membres du conseil municipal, ainsi que moi, Madame la maire, nous avons fait le choix d'opter pour un outil qui est vraiment adapté au territoire de la commune. Un outil, je dirais, qui est issu de notre patrimoine culturel, mais aussi de notre patrimoine économique. Pourquoi je dis qu'il est issu de notre patrimoine économique ? C'est parce que c'était une culture d'entraide qui existait par le passé, à l'époque post-esclavagiste où, en fait, les uns et les autres s'entraidaient pour pouvoir labourer, pour pouvoir cultiver les terrains.

Aujourd'hui, cette tradition, qu'on appelle le lasotè, ce principe d'entraide qui, par le passé, s'appelait le lasotè, est encore en vigueur, mais ça l'est plus sur le plan culturel, et pas seulement sur le plan économique. Or, le constat que nous avons fait, c'est qu'il est possible d'adapter ce concept de lasotè à une gouvernance locale.

3. L’enjeu de la gouvernance
Nous avons besoin de cette gouvernance. Pourquoi ? Parce qu'il faut savoir que le fait d'avoir une population diminuée a un impact non négligeable sur les recettes de la commune, d'autant plus que la dotation globale de fonctionnement est distribuée au prorata de la taille de la population. Néanmoins, hormis cet aspect de dotation globale de fonctionnement, nous nous retrouvons, en département d'Outre-mer, en région d'Outre-mer, confrontés à des financements qui, je dirais, sont très fragiles, tels que l'octroi de mer ou la taxe sur le carburant. Nous devons trouver des solutions parallèles nous permettant d'investir, nous permettant de rendre notre commune beaucoup plus attractive. C'est pour cela que nous nous sommes appuyés sur ce principe d'entraide, sur ce principe de lasotè, mobilisant les administrés dans une logique de gouvernance locale où il est question, plutôt, de démocratie participative, et je dirais mieux : d'implication démocratique.

4. Exemple de réalisation
Pour exemple, quand nous avons des aménagements paysagers à réaliser, nous savons que nous avons des compétences au sein de la commune, donc nous allons faire appel à ces compétences, dans le cadre d'une entraide, en tous les cas, pour pouvoir réaliser ces aménagements paysagers. Pour exemple, nous allons les solliciter lors d'une journée où on va associer convivialité, solidarité, entraide, travail, bien sûr, pour pouvoir réaliser ces aménagements paysagers. Si, toutefois, l'occasion nous le permet, nous pourrons terminer cette journée de convivialité, d'entraide et de solidarité, mais aussi de travail et d'aménagement paysager, par une collation où tout un chacun s'y retrouvera. Ça permettra à la fois, aussi bien aux agents de la collectivité qu'à la population, de s'unir pour pouvoir contribuer à l'aménagement de la commune, mais pour aussi faire en sorte que cette commune soit beaucoup plus attractive et qu'elle retrouve ses lettres de noblesse d'auparavant.

5. Intérêts et perspectives 
Aujourd'hui, nous sommes membres de l'association des communes des Villes et Villages Fleuris de France, sauf que nous avons perdu les fleurs que nous avons, lors du concours de Villes et Villages Fleuris. Un de nos objectifs, c'est de regagner toutes ces fleurs que nous avons perdues. Et là-dessus, nous avons décidé, dans le cadre de la solidarité, de mobiliser notre population pour pouvoir réaliser ces aménagements paysagers. Alors, bien sûr, je parle des aménagements paysagers, mais ça peut être d'autres types de projets que nous pouvons réaliser en collaboration avec nos administrés, tout cela, bien sûr, dans un objectif de solidarité, d'équité, de transparence, de soutien. Parce que la commune, c'est trois entités : le conseil municipal, les agents de la collectivité, et la population. C'est ce qui constitue une commune. Donc nous ne pouvons rien faire sans l'implication de notre population, sans l'implication des administrés. En mobilisant, en impliquant les administrés dans cette démarche, dans cette dynamique, je dirais, d'entraide, tout un chacun y trouve son compte : à la fois la collectivité, et à la fois les administrés. Parce que l'un des souhaits des administrés, c'est que leur commune retrouve son attractivité d'antan. Qu'on parle de Fonds-Saint-Denis autrement que lorsqu'on dit du mal de la commune, lorsqu'on perçoit la commune négativement. Aujourd'hui, en impliquant les administrés dans certains projets, de manière démocratique, on leur permet, en tous les cas, d'être beaucoup plus intéressés par la chose administrative, et, de ce fait, par la chose politique. On leur permet aussi d'être acteurs du développement de leur commune et non de simples consommateurs. 
Parce que quel est l'intérêt, dans une logique de développement durable, d'avoir des générations qui se côtoient s'il n'y a pas d'implication, s'il n'y a pas d'intérêt pour ce qui se fait sur le territoire ?

6. Conclusion
Nous, collectivité, qu'est-ce que nous y gagnons ? Nous y gagnons à diminuer les coûts qui pourraient être générés pour certains projets, mais nous gagnons aussi à valoriser notre population, puisque l'administré ne se sent investi que lorsqu'il peut être valorisé à travers une action. Et ce projet de gouvernance, ce mode de gouvernance locale permet à la fois à nous, collectivité, de mobiliser moins de financement, d'être plus résilients face, aussi, aux difficultés de financement qui pourraient se présenter au cas où, un jour, on nous apprendrait qu'il y a plus d'octroi de mer ou de taxe sur le carburant.
Mais nous pourrons effectivement, en dehors de cela, permettre, en tous les cas, à d'autres communes de s'intéresser à ce mode de gouvernance, et peut-être de l'adapter à leur commune, à leur territoire, à leur collectivité, pour pouvoir être un modèle qui se perpétue, qui se transmet de collectivité en collectivité.