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Description

Gilles Boeuf, professeur à Sorbonne Université, propose dans cette vidéo un aperçu des grandes caractéristiques de l'océan, qu'il s'agisse de connectivité, de salinité, de stabilité ou encore de biodiversité. Il souligne leur importance tant pour la régulation du climat que pour les services apportés directement aux sociétés humaines, et en appelle à une préservation de ce bien commun.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+3

Objectifs de Développement Durable

  • 14. Vie aquatique

Thèmes

  • Ecosystèmes et biodiversité

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

océanclimatbiodiversitépopulations
L’océan : quels enjeux ?
L’océan : quels enjeux ?

Contributeurs

Gilles BOEUF

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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Gilles Bœuf, Professeur à Sorbonne Université

L'océan. C'est quoi, l'océan ? Rappelez-vous les premières images du film de Jacques Perrin, "Océans". D'ailleurs, il avait mis un S. On peut en reparler. Le petit garçon demande à son papa : "C'est quoi, l'océan ?" Alors, une énorme masse d'eau salée, qui est un peu partout sur la Terre. D'ailleurs, je fais souvent référence aux superbes photos de Thomas Pesquet, qui est reparti là-haut, à 300 kilomètres en orbite, et qui nous montre des images de planète bleue. 510 humains ont été en orbite autour de la Terre. Ils sont encore vivants aujourd'hui, et tous ont pleuré en voyant la beauté et la fragilité de la Terre, cette planète océan.

De l'eau, de l'eau liquide salée. Et c'est là que le vivant va se développer. La plus grande caractéristique de la Terre, c'est la vie. C'est la plus belle entreprise qu'elle ait jamais portée. Un peu moins de 4 milliards d'années. Des premières cellules, qui ressemblent à des cyanobactéries. On n'a pas les premiers fossiles. On a, dans les roches, des traces d'activité biologique avec du carbone d'origine organique. Ces cyanobactéries, elles vont se développer dans l'océan, d'abord sans sexualité, et puis, vers 1 milliard d'années, avec une sexualité. Et une espèce qui se reproduit par le sexe est beaucoup plus capable de s'adapter à des conditions changeantes qu'une espèce qui donne toujours des copies filles de la maman initiale. Et ces cyanobactéries, elles vont inventer la photosynthèse : dans de l'eau liquide, capter, bien sûr, le CO₂, qui nous empoisonne aujourd'hui. La lumière du soleil est fondamentale. Et on produit, en échange, de l'oxygène et des sucres. Toutes les chaînes trophiques démarrent de là.

Quand vous regardez une goutte d'eau de mer... On a beaucoup travaillé dessus avec des gens de Tara Océan, puisqu'ils partent en 2009, ils reviennent en 2013 de la première expédition, et on va séquencer la surface de l'océan, les trois premiers mètres. Qu'est-ce qu'on connaît dans l'océan, aujourd'hui, dans les musées ? Espèces décrites, hein. Ça veut dire photographiées, dessinées, décrites, séquencées. Un peu moins de 300 000 espèces. Et Tara nous ramène 600 000 séquences supplémentaires de microorganismes. Des virus, des bactéries et des protistes. Les protistes, toutes les microalgues du phytoplancton, elles font plus de la moitié de l'oxygène de la Terre. Il n'y a pas que les forêts tropicales. Et sans les protistes, par exemple, les levures, vous n'avez pas de fromage, pas de pain, pas de vin, pas de bière. Donc, des organismes extrêmement importants. Ça, c'est 98 %, ces protistes, de la biomasse de l'océan. Les poissons et les baleines, ce n'est que 2 %.

Donc ce vivant, bien sûr, est fondamental. Il a évolué avec tous les systèmes qu'on a eus depuis un certain temps, et l'humain va l'exploiter. Il l'exploite par la pêche. 85 millions de tonnes. On est au taquet. Ça fait 30 ans que ça n'a pas changé, malgré des moyens de plus en plus puissants de détection des espèces vivantes dans l'océan, et puis de capture, bien sûr, aussi. L'aquaculture. Aujourd'hui, en gros, 100 millions de tonnes. Plus que la pêche. On s'est vraiment adaptés à ces questions d'aller cultiver dans l'eau. Eau douce, eau saumâtre et eau marine aussi.

L'océan, il est là, avec trois caractéristiques essentielles, qui sont, bien sûr, sa connectivité... Un seul océan. Quand on prend de l'eau de mer à 400 mètres de fond, c'est la même partout. Connectivité : partout, un océan. Les gens qui ont fait le Vendée Globe n'ont pas vu de barrières ou de pointillés sur une carte, ils ont navigué sur le globe. Salinité. Et ça, c'est parce que les sels se sont dissous du plancher océanique au début de l'installation de l'océan, il y a un peu moins, je le disais, de 4 000 millions d'années. Et puis, bien sûr, aussi, un système qui est très stable. La masse océanique est très grande. Beaucoup plus stable qu'un milieu terrestre, comme un lac, une rivière, a fortiori, bien sûr, l'air. Donc ces caractéristiques-là, il faut absolument les prendre en considération quand on veut travailler sur l'océan. 

Ce n'est pas la même biodiversité que sur terre. Si je prends les animaux, par exemple, dans l'océan, vous avez 12 groupes animaux, 12 grands phyla qui n'ont jamais quitté l'océan, qui ne sont pas sur les continents. Et vous avez des groupes qui sont adaptés partout, les arthropodes, les insectes sur terre, les crustacés en mer, et aussi, bien sûr, les mollusques, qui ont bien réussi aussi : les gastropodes, à la fois sur mer et sur terre. C'est ça, la biodiversité de l'océan. Et l'homme en vit aujourd'hui.

On a dit la pêche, l'aquaculture. Et également des modèles pour la recherche. C'est intéressant à rappeler. Il y a une douzaine de prix Nobel qui ont été obtenus grâce à des modèles marins apparemment sans intérêt. Les étoiles de mer, par exemple. Et puis, aussi, la transmission de l'influx nerveux à partir de l'axone de nerf de calmar, qui est mille fois plus grand, en section, qu'un nerf humain. Et on pourrait en parler à l'infini.

Pour clore sur les relations avec le climat, l'océan est le principal régulateur du climat. On l'a oublié. Rendez-vous compte : 20 COP sans parler d'océan. Ce n'est pas possible. Tabarly disait : "L'océan, c'est ce que le Français a dans le dos quand il est à la plage." Voilà notre considération actuelle de l'océan. On le contamine, on détruit le littoral, on dissémine tout partout, avec plein d'espèces invasives, et le climat l'affecte. N'oubliez jamais une chose : si l'océan est capable de réguler le climat, le climat qui change l'affecte. Mais aussi, le vivant qui s'en va, en retour, affecte le climat. 

Aujourd'hui, il est clair que notre seule solution, et il n'y en a pas 50, c'est, effectivement, apprendre à le connaître, à l'aimer, à le protéger, à le garder avec nous. Et puis, je pense que comme ça, l'avenir de l'humanité sera sous un jour beaucoup plus agréable que ce qu'on peut imaginer.