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Description

Patrick Caron, chercheur au CIRAD, propose dans cette vidéo (10'44) une analyse des Objectifs de Développement Durable (ODD). Il se penche tout particulièrement sur les questions de valeurs portées par ces ODD, d'interactions entre ces multiples objectifs et d'arbitrages et de tensions associés à l'atteinte de ces objectifs.

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3

Langues

  • Français

État

  • Labellisé

Thèmes

  • Objectifs de Développement Durable
  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Licence Creative Commons

  • Pas de modification
  • Partage des conditions à l'identique
  • Paternité
  • Pas d'utilisation commerciale

Nature pédagogique

  • Animation
  • Cours

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

ODDobjectifs de développement durable
Une vision commune du futur de l’Humanité
Une vision commune du futur de l’Humanité
Une introduction historique aux ODD
Une introduction historique aux ODD
L'Accord de Paris sur le climat et les Objectifs de Développement Durable
L'Accord de Paris sur le climat et les Objectifs de Développement Durable
Trois éléments saillants distinguant les ODD dans l'histoire du développement
Trois éléments saillants distinguant les ODD dans l'histoire du développement
Le "doughnut", entre plancher social et plafond écologique
Le "doughnut", entre plancher social et plafond écologique

Contributeurs

Patrick Caron

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Les ODD : un cadre de transformation et des arbitrages

Patrick Caron, Chercheur au CIRAD
 

C'est fabuleux ce qui s'est passé en septembre 2015. C'est la première fois que l'humanité s'est mise d'accord, que tous les pays se sont mis d'accord, sur un projet commun à l'échelle de l'humanité.

Elle s'est mise d'accord après plusieurs années de négociations et autour de 17 objectifs du développement durable. Elle définit les objectifs, mais cet accord ne définit pas forcément la route, ne définit pas forcément les manières de les atteindre et, du coup, laisse encore un certain nombre de questions en suspens. Globalement, par rapport à ce résultat fantastique, les gens adoptent trois postures souvent distinctes. Certains disent : "C'est totalement inatteignable, on n'y arrivera jamais, c'est tellement truffé de contradictions partout que de toute façon il faut laisser ça de côté", pour paraphraser le titre. D'autres disent : "Des agendas comme ça, on en a vu d'autres et on en verra d'autres. On va attendre que cela passe. On va faire le dos rond et on va attendre le prochain sommet et le prochain accord." Et puis les troisièmes, et je crois qu'on peut s'en revendiquer, se revendiquer essentiellement du fait de la légitimité, qui est portée et soutenue par cet accord autour des 17 objectifs. La troisième posture, la troisième rhétorique vise à dire : "Oui, ce sera difficile. Oui, c'est compliqué. Oui, ce n'est pas joué, mais on a là une utopie transformatrice. On a là un cadre de changement sur lequel nous nous sommes mis d'accord à l'échelle de l'humanité et mettons tout en œuvre pour le poursuivre". Vous aurez compris, à la manière dont je le dis, que c'est bien sur ce dernier cadre, sur cette dernière posture que je me positionne.

Si l'on retient donc de ce que je viens de dire que les ODD, et plus généralement l'Agenda 2030 pour le développement durable, constituent une utopie transformatrice, et une utopie au sens d'un projet pour le futur, donc d'un projet de transformation pour le futur sur lequel nous nous sommes mis d'accord à l'échelle de l'ensemble de la planète et de l'humanité, on peut en déduire un certain nombre de messages.

Le premier message que j'aimerais partager est celui d'un profond changement de valeurs et de l'affichage de certaines valeurs qui prévalent à ce cadre de transformation. Et je retiendrai quatre types de valeurs qui sont mises en avant, implicitement et explicitement selon les endroits de l'accord, et qui sont peut-être à garder en mémoire.

  • Le premier, c'est l'adossement de ce cadre, de cette utopie transformatrice, sur le respect des droits humains et sur l'affirmation progressive depuis 1948, depuis de la Déclaration des Droits de l'Homme, de cette notion de droit à faire valoir dans la vie de la cité, dans notre vie à tous.
  • Le deuxième, c'est le fait d'afficher. Le deuxième principe d'afficher un certain nombre de principes liés à la satisfaction des besoins des personnes à l'échelle individuelle, à l'échelle des groupes sociaux, à l'échelle des pays, à l'échelle de la planète, et surtout à l'échelle des générations futures. Cette notion de la satisfaction des besoins est mise en avant à de très nombreux endroits.
  • Le troisième principe, c'est celui de l'option préférentielle pour les populations les plus vulnérables. Pas uniquement par une dimension caritative, mais également par souci d'affirmer et de reconnaître que le fait de laisser des gens de côté est nuisible pour l'ensemble de la société et de l'humanité de la planète.
  • Et puis le quatrième, c'est de mettre en avant la notion de bien commun et de gouvernance des biens communs au service du développement mondial. Donc, je le répète, ce premier message — des cinq que je vais partager avec vous maintenant - est de s'adosser à un certain nombre de valeurs : respect des droits, satisfaction des besoins des générations futures, affirmation de la priorité aux plus vulnérables et gouvernance des biens communs.

Le deuxième message est que ces objectifs de développement durable définissent d'une certaine manière un but, un cap, mais ne définissent pas nécessairement le chemin pour y parvenir. Ils balisent avec des objectifs, avec des critères, avec des cibles, mais ils ne définissent pas les voies multiples pour y parvenir, et surtout le fait que qui dit transformation, dit aussi action. Et qui dit action, en particulier dans les situations qui sont les plus complexes et les plus bloquées, peut faire référence à quelque chose qui est souvent difficile d'un point de vue technique, coûteux d'un point de vue financier et risqué d'un point de vue politique, comme le dit très bien par ailleurs Serge Michailof. Et donc, dans cette question de la trajectoire à définir, et je ne parle pas d'itinéraire parce qu'on n'en connaît pas forcément toutes les étapes, mais dans la question de la trajectoire, il nous faudra être inventifs, créer et innover.

Alors, le troisième message que j'aimerais partager avec vous, c'est le fait qu'entre les 17 objectifs du développement durable, il y a plein de relations, plein d'interactions de différents ordres. L'accord n'est pas seulement la somme des 17 objectifs. C'est surtout, et avant tout peut-être même, les liens entre ces objectifs, et ils sont de trois ordres.

  • Tout d'abord, un certain nombre de contradictions. Il y en a plein au sein de chacun des objectifs, entre chacun de ces objectifs. Pour en donner un exemple qui est souvent cité, par exemple, par Gaël Giraud de l'Agence française du Développement, il est quasiment impossible de penser que l'on pourra, en continuant sur le même type de croissance, tout à la fois apporter des services énergétiques fiables et durables à tout un chacun, et dans le même temps lutter efficacement contre le changement climatique.
  • Le deuxième type d'interaction entre les 17 objectifs du développement durable relève plutôt du type de l'ordre de la synergie. Par exemple, entre l'ODD 1, qui vise à éliminer la pauvreté, et l'ODD 2, qui vise à éliminer toutes les formes de malnutrition, on voit bien à l'évidence une synergie et en particulier le lien très fort qu'il y a entre faim et pauvreté, dans un sens comme dans l'autre, et le fait donc que les cibles et les objectifs de l'un puissent être liés aux cibles et objectifs de l'autre. Puisque j'ai parlé de l'objectif du développement durable 2, on peut faire également le lien avec l'objectif du développement durable 3, qui est consacré à la santé, dans la mesure où aujourd'hui on reconnaît assez facilement que la question de la malnutrition est devenue probablement le facteur numéro un de santé publique au niveau international.
  • Et puis le troisième type d'interaction entre les différents objectifs du développement durable tient à l'effet de levier que l'on peut envisager par les actions. Prenons un exemple : transformer les systèmes alimentaires dans leur globalité — je ne parle pas uniquement de la production agricole — permet probablement tout à la fois de s'intéresser à l'ODD 2, ça va de soi, mais également à l'ODD 12, lier production et consommation, à l'ODD 13 sur le climat, à l'ODD 15 sur la santé des écosystèmes, à l'ODD 3 sur la santé. Et je pourrais faire ainsi une liste d'objectifs du développement durable qui sont tous impactés et concernés par la question des systèmes alimentaires.

Le quatrième message, il est directement lié au troisième. S'il y a des interactions, s'il y a des contradictions possibles, s'il y a des interdépendances, il y a aussi des tensions. Et ces tensions ne se résolvent pas spontanément. Elles font appel à des accords. Elles font appel à des arbitrages, à des mécanismes qui sont pensés et qui sont mis en place, en particulier au niveau politique, et qui permettent de réaliser ces arbitrages qui sont souvent douloureux, pénibles, et qui amènent à des renoncements.

Puis le dernier message, mon cinquième message, est également lié à cela. Il concerne plus particulièrement les arbitrages à réaliser entre ce qui se passe à l'échelle locale et ce qui se passe à l'échelle globale. La mise en œuvre des ODD s'appuiera très fortement sur la capacité d'innovation au niveau local. Dans le même temps, ce qui se passera au niveau international ne résultera pas uniquement de ce qu'on appelle le changement d'échelle, ou la réplication un peu partout de ce qui aurait marché au niveau local, mais fera elle aussi appel à des arbitrages pour pouvoir non seulement amplifier les dynamiques intéressantes au niveau local, mais en même temps réaliser les cadres, mettre en place les cadres de stimulation à d'autres échelles, en particulier aux échelles politiques, et puis réaliser là aussi les arbitrages. Parce que ce qui est bon à un niveau local ne l'est pas forcément au niveau global. Prenons par exemple celui de l'objectif 2 et du traitement de la question de la faim. On peut très bien arriver à résoudre cette question de la faim au niveau local et dans le même temps avoir un impact et une influence assez négative sur le climat au niveau global. J'ai pris cet exemple, j'aurais pu en prendre d'autres. Donc, arbitrer entre le local et le global, arbitrer pour les différentes contradictions, et cela le faire par l'intermédiaire de partenariats et de l'implication des différents acteurs dans l'élaboration de cadres politiques, c'est vraiment un bel enjeu qui nous attend. C'est vraiment une belle trajectoire qui nous attend une fois de plus. C'est pour cela que, de mon côté, la posture que je retiens, c'est bien celle d'une utopie transformatrice.