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Description

Dominique Méda, sociologue et professeur à l'Université Paris-Dauphine, nous explique dans cette vidéo d'introduction pourquoi la transition écologique est à la fois une nécessité et une opportunité pour :

  • améliorer la situation écologique de notre planète ;
  • améliorer l'emploi ;
  • améliorer les conditions d'exercice du travail.

 

État
  • Labellisé
Langues
  • Français
Licence Creative Commons
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification
  • Paternité
Nature pédagogique
  • Entretiens et témoignages
Niveau
  • Bac
Thèmes
  • Education à l'environnement et au développement durable
  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires
Types
  • Grain audiovisuel
Mots-clés
transition écologiqueéconomiemétierstravail
La Transition écologique, c'est s'engager !
La Transition écologique, c'est s'engager !
Contributeurs

Méda Dominique

Université Paris-Dauphine

Institutions secondaires

La reconversion écologique : une occasion de changer le travail

Dominique Méda, sociologue, professeur à l'Université Paris-Dauphine

Je voudrais vous parler aujourd'hui des transformations de l'emploi, du travail et des métiers. Y aura-t-il suffisamment d'emplois pour tout le monde demain ? Comment travaillerons-nous demain ?

Orienter le changement

Vous avez certainement entendu parler de ces études, très anxiogènes, qui nous disent que la moitié des emplois vont être supprimés dans les 10 à 20 années à venir, à cause de l'automatisation. Je voudrais vous dire que ces études sont très controversées, très disputées, très critiquées, notamment parce qu'elles font une place trop grande au déterminisme technologique. Elles font comme si, dès qu'une innovation était disponible, elle allait obligatoirement s'implanter. Ce que je voudrais vous dire, c'est qu'il nous faut orienter le changement, et ne pas nous laisser, en quelque sorte, manipuler.

La reconversion écologique

L'autre facteur très important de transformation des emplois est ce que j'appelle la reconversion écologique. C’est quelque chose d'encore plus radical que la simple transition écologique. Des études françaises et internationales nous disent que cette reconversion écologique, internationales, nous disent qu'elle devrait être créatrice d'emplois. C'est-à-dire que nous pourrions obtenir un double dividende : à la fois améliorer la situation écologique de notre planète, conserver son caractère habitable ; mais également améliorer la situation de l'emploi. Pourquoi ? Parce que les secteurs que nous devrons fermer, réduire, reconvertir, parce qu'ils sont les plus émetteurs de gaz à effet de serre, sont moins intensifs en main-d'œuvre. Ils ont besoin de moins de main-d'œuvre que les secteurs que nous devrons déployer. Donc nous devrions avoir grâce à la transition écologique, si nous la faisons bien, un plus grand volume de travail humain.

Vers un triple dividende ?

Pouvons-nous obtenir - je vais peut-être un peu loin - un triple dividende ? C'est-à-dire améliorer la situation écologique de notre planète, améliorer l'emploi, mais également améliorer les conditions d'exercice du travail. Les attentes qui sont placées sur le travail aujourd'hui, particulièrement par vous les jeunes, sont immenses. Vous attendez du travail, comme les plus âgés, un revenu, la possibilité de vous réaliser, la possibilité de montrer aux autres ce dont vous êtes capables, ce que vous savez faire. Vous voulez également être utiles, vous voulez un travail plein de sens. Est-ce que la reconversion écologique pourrait nous permettre d'obtenir tout cela ? Oui, dans la mesure où elle nous autoriserait à rompre avec ces grandes chaînes de valeur internationales, qui font tourner, tournoyer, les produits dans le monde entier ; si elle nous permettait de relocaliser nos productions, de réorganiser nos modes d'organisation du travail, et peut-être aussi de désintensifier le travail. Nous pourrions aussi rompre avec ce que le démographe Alfred Sauvy appelait le déversement : l'idée qu'automatiquement, systématiquement, nous allons faire passer les effectifs du secteur primaire, qui va se vider, dans le secteur secondaire, puis dans le secteur tertiaire. Est-ce que nous n'allons pas assister, au contraire, avec la reconversion écologique, au mouvement inverse ? C'est-à-dire un anti-déversement : plus d'effectifs dans l'agriculture, plus d'effectifs dans le secteur secondaire, avec peut-être de nouvelles organisations du travail, des coopératives, de l'artisanat high-tech ou low-tech. Bref, de nombreuses innovations en matière de travail et d'emplois sont possibles, et nous pouvons peut-être obtenir, si nous menons à bien cette gigantesque opération, un triple dividende.

Un défi extraordinaire

Il me semble que le défi qui est devant nous est complètement extraordinaire. Il est semblable à celui que nos sociétés ont connu au sortir de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'il a fallu rebâtir entièrement nos sociétés, reconstruire nos sociétés. Aujourd'hui, nous sommes confrontés exactement au même défi très enthousiasmant. Nous devons repenser entièrement nos organisations, la manière dont le travail est organisé par nos entreprises dans nos sociétés. Nous devons rebâtir entièrement nos systèmes économiques. Il me semble que cette reconversion écologique est à notre portée, que l'idée qu'elle peut nous apporter, ce triple dividende, est vraiment très enthousiasmante, et qu'en tout cas, c'est sans doute une manière de rompre avec - vous en avez certainement entendu parler - ce que l'on appelle aujourd'hui les bullshit jobs, c'est-à-dire ces emplois ennuyeux, toxiques, sans aucun intérêt. Voilà ce que je voulais vous dire : la reconversion écologique, c'est un défi extraordinaire pour nous tous, et notamment pour vous, donc au travail.