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Description

Journée d'études organisée, sous la responsabilité d'Aurélie Guillain (axe « Poéthiques », laboratoire Cultures Anglo-Saxonnes, CAS) de l'Université Toulouse Jean Jaurès, le 27 mars 2015. 

Cette journée d'études se propose d'étudier les zones qui ont pu être désignées comme des “espaces sanctuarisés” aux Etats-Unis, soit parce qu'elles ont fait l'objet de certaines mesures de protection les soustrayant à la logique de la propriété privée et de la libre exploitation des ressources naturelles (dans le cas des parcs nationaux par exemple), soit parce qu'elles ont été considérées par des écrivains nord-américains comme le lieu privilégié où peuvent s'exprimer des valeurs religieuses ou spiritualistes. Le terme “sanctuarisé” connote ici une vision sinon religieuse, du moins sacralisante, d'un espace où se manifeste une hétérogénéité fondamentale : d'une part, l'espace profane, de l'autre, l'espace sacré que des interdits spécifiques viennent protéger de l'espace profane et de ses logiques propres.

Dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, l'expansion territoriale des Etats-Unis s'est accompagnée de la création de parcs nationaux qui permettaient d'empêcher la surexploitation des ressources naturelles du continent, mais aussi de préserver la possibilité même, pour les citoyens des Etats-Unis, d'être exposés à un environnement naturel perçu comme un espace peu modifié par l'être humain – et ainsi de préserver une “relation originelle” avec le monde. Pour certaines figures fondatrices telles que John Muir, la référence consciente à la vision émersonienne de la “Surâme” se mêle à une version personnelle du mysticisme chrétien et de la fonction sacramentelle de la rencontre avec la Nature. Muir s'inspire également de l'exemple de Thoreau, qui prône non seulement la création d'espaces protégés de la convoitise privée, mais aussi une certaine attitude éthique et scripturaire devant le lieu naturel habité.  Lorsque les écrivains nord-américains contemporains décrivent tel lieu sous les espèces d'un espace sanctuarisé, il n'est pas rare de percevoir des échos intertextuels avec les textes de Thoreau,et le désir d'inscrire dans le langage l'expérience du numineux.

Cependant, des débats récents ont mis en avant les diverses limites qui peuvent être associées aux notions connexes d'“espace sanctuarisé”, de nature sauvage et de“wilderness”. Certains auteurs ont suggéré que le terme de sanctuaire connotait une vision européanocentrique des lieux qui tendrait à compartimenter l'espace aussi bien que l'expérience (Hultkrantz, Hugues & Swan). Dans d'autres débats récents, qui portent sur les stratégies de protection de la biodiversité, la notion même d'espace sanctuarisé a pu être critiquée en faveur d'une conception plus intégrée de la protection des espèces. Mais, avant tout, c'est l'espace sauvage monumentalisé des parcs nationaux américains qui a pu faire l'objet de critiques (Cronon) et même de traitements satiriques, dans la mesure où l'image fabriquée d'une nature intacte peut revêtir une fonction rassurante et anesthésiante dans le débat écologique et détourner l'attention des géographies locales au profit de l'image mythifiée d'un paysage national (Lopez).

L'objectif de cette journée d'études est donc double : se pencher sur la manière singulière dont l'expérience du numineux peut continuer de s'inscrire dans les textes des écrivains nord américains, mais proposer également de faire lepoint sur les réflexions philosophiques, historiques et géographiques qui problématisent la notion même d'espace sauvage sacralisé.

État

  • Valorisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification

Mentions Licence

  • Philosophie

Nature pédagogique

  • Présentation

Niveau

  • Bac+5

Thèmes

  • Éthique et responsabilité environnementale

Types

  • Vidéo (+ de 10 min)

Mots-clés

Éthique (philosophie morale)espaces protégéshistoirelittérature

Contributeurs

Larrere Catherine