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Description

Les découvertes scientifiques de ces dernières décennies ont changé notre regard sur les autres animaux. Il en découle des questionnements sur nos relations avec eux, aujourd'hui et demain. Ce parcours vous apporte des repères pour vous permettre de vous situer sur ces questions de plus en plus discutées et débattues.

Mobilisant une grande diversité d'experts, issus d'horizons variés, il est organisé autour de trois axes :

  • Les animaux : approches des sciences biologiques, humaines et sociales
  • Des animaux et des humains : représentations d'hier et d'aujourd'hui
  • Vivre demain avec les animaux

 

Deux niveaux de difficulté sont proposés selon les contenus de ce parcours : le niveau "Débutant" s'adresse aux apprenants de niveau Bac à Bac+3 (Licence), tandis que le niveau "Approfondi" est plutôt destiné aux apprenants de niveau Master et +.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification
  • Paternité

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3
  • Bac+4

Thèmes

  • Ecosystèmes et biodiversité

Types

  • Parcours thématique

Mots-clés

éthologieanthropologiebien-être animalrelation homme-animal
  • La domestication animale
  • Condition animale, sensibilité et humanité au XVIIIe siècle
  • L'attachement, un lien unique
  • Les "nuisibles" et les Hommes en ville
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Emilie Dardenne, Maître de conférences à l'Université Rennes 2

La caractéristique majeure du 18e siècle, c'est qu'on voit s'opérer une transition entre deux conceptions opposées. Une conception de l'organisation du vivant qui opère une césure entre les êtres humains et les autres animaux, c'est une séparation qui est ancrée dans la théologie et la philosophie ; et puis d'autre part, une conception plus tardive qui souligne la continuité entre le monde humain et le monde animal.

Ce rapprochement entre les deux mondes n'est pas apparu au 18e siècle, il a germé à la fin de la Renaissance à l'époque où les savants européens ont commencé à s'engager dans la taxonomie, la classification du vivant. Cette classification a contribué à établir les particularités des espèces et à permettre leur identification. Donc à partir du 18e siècle on connaît mieux les animaux, on connaît mieux leur aspect physique, on connaît mieux leur comportement. Et on voit que la dichotomie qui oppose l'instinct animal et la rationalité humaine est compromise. En parallèle, il devient plus difficile de distinguer les êtres humains des autres animaux simplement sur une base scientifique parce qu'on constate qu'il y a une grande proximité entre eux à la fois anatomique et physiologique.

Le 18e siècle est aussi un moment de réévaluation de la sensibilité à la fois morale en tant qu'elle est plus visible comme capacité à ressentir la peine de l'autre. Et puis la sensibilité physique, en tant que sensorialité. En France en 1755, le philosophe Jean-Jacques Rousseau déclarait, je le cite : "Il semble en effet que si je suis obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, c'est moins parce qu'il est un être raisonnable que parce qu'il est un être sensible. Qualité qui étant commune à la bête et à l'homme doit au moins donner à l'une le droit de n'être point maltraitée inutilement par l'autre."

En Grande-Bretagne comme en France, le fondement éthique de la relation des êtres humains et des animaux repose sur la sensibilité des animaux. Quelques années après Rousseau, le philosophe et juriste britannique Jeremy Bentham écrit à propos des animaux et de la prise en compte de leur sensibilité : "La question n'est pas : peuvent-ils raisonner ? Ni : peuvent-ils parler ? Mais peuvent-ils souffrir ?"

Cette citation — qui n'est qu'une note de bas de page dans un ouvrage qui est par ailleurs consacré à d'autres sujets — cette citation est devenue importante dans la littérature animaliste. Elle est importante parce qu'elle fait entrer les animaux dans la communauté morale sur la base de leur sensibilité et en cela, Jeremy Bentham est un visionnaire. Donc au siècle des Lumières, on s'interroge sur la conscience animale, on s'interroge sur la sensibilité animale, on remet en cause la grande chaîne de l'être.

La grande chaîne de l'être, c'est cette hiérarchie qui permet depuis Aristote d'organiser le vivant, de penser le vivant dans une hiérarchie verticale qui va de Dieu jusqu'à la matière inanimée. Et entre Dieu et la matière inanimée, il y a les anges, les êtres humains, les animaux et les plantes, donc tout un tas d'échelons. Mais au 18e, on commence à s'interroger : comment expliquer les écarts entre ces échelons ? Et donc au 18e siècle, la théorie de l'évolution formulée par Darwin plus tard au 19e siècle est déjà pressentie. Voltaire récuse cette organisation, la grande chaîne de l'être. Il préfère voir un continuum entre les êtres humains et les animaux. Et donc il rejette le machinisme de René Descartes. Il évoque les animaux comme des êtres dotés de mémoire, les individus qui sont capables de ressentir, de former des idées. Donc selon Voltaire, il n'y a pas d'exception humaine.

Parallèlement, sur le plan culturel, sur le plan littéraire, les animaux apparaissent dans les contes pour enfants. Ils sont soit des représentations du sauvage, soit ils sont utilisés pour leurs vertus pédagogiques. À ce moment-là, ils sont des créatures anthropomorphes et qui sont en général doués de parole. On voit un véritable bestiaire se constituer dans la littérature pour enfants du 17e siècle, mais surtout du 18e siècle. Et certainement que le succès remporté par les travaux des naturalistes y est pour quelque chose : on peut citer les travaux de Carl von Linné, ou bien les travaux du comte de Buffon par exemple, son Histoire Naturelle qui est une collection encyclopédique qui fait la part belle à la zoologie.

Sur un autre plan, des témoignages montrent que l'affection portée aux animaux de compagnie grandit, surtout chez les élites sociales. Et que la compassion pour les animaux est plus répandue. Elle est un signe de bienveillance et d'humanité. Et inversement, la cruauté exercée envers le non humain peut engendrer la violence envers ses semblables humains et on voit ça à l'œuvre chez le peintre et graveur britannique William Hogarth. Dans sa série de gravures Les quatre étapes de la cruauté. Dans la première étape, le héros de la série, qui s'appelle Tom Nero, torture un chien. Il est alors jeune, on voit sur l'image qu'il y a également des sévices infligés à des chats. Dans la deuxième image, il bat violemment un cheval, il est alors devenu adulte. Dans la troisième image qui s'intitule Cruelty in Perfection, Le Summum de la cruauté, il vient de tuer sa compagne, sa compagne humaine qui en plus est enceinte. Et dans la dernière gravure, Le Salaire de la cruauté, The Reward of Cruelty, le corps du héros Tom Néro est livré à la dissection scientifique. Et donc la morale de cette œuvre, c'est que des enfants cruels envers les animaux deviendront des adultes violents et peut être des criminels.

On voit donc au 18e siècle un ensemble de facteurs scientifiques, culturels et éthiques qui converge autour de la condition animale : les classifications scientifiques du vivant, un développement du bestiaire dans la littérature jeunesse, des questionnements sur l'exception et la supériorité humaine et surtout un nouveau rapport à la sensibilité, qui induit un idéal de bienveillance et d'humanité, et puis des relations plus intimes avec les animaux de compagnie. Pour conclure, on peut dire que ces différents facteurs permettent la redéfinition des rapports entre les humains et les autres animaux, des rapports anthropozoologiques. Et ils contribuent à ce que les animaux soient perçus comme des individus et pas simplement comme une masse. Et c'est ainsi que les questionnements sur la condition animale ont été profondément renouvelés au 18e siècle.

Contributeurs

Guillaume Lecointre

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Sabrina Krief

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Elise Huchard

CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique

Florence Brunois-Pasina

CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique

Valérie Dufour

CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique

Joël Meunier

CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique

Pauline Delahaye

Société française de zoosémiotique

Marilyn Beauchaud

Université jean Monnet Saint-Etienne

Joséphine Lesur

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Emilie Dardenne

Université de Rennes 2

Jean Trinquier

Ecole Normale Supérieure (ENS/PSL)

Eric Baratay

Université Jean Moulin Lyon 3

Claude Béata

Georges Salines

Nicolas Césard

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Béatrice Laffitte

Xavier Boivin

INRAE - Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement

Richard Dumez

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Michel Saint-Jalme

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Gilles BOEUF

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Cédric Sueur

Université de Strasbourg (UNISTRA)

Justine Roulot

Ministère de la transition écologique

Nathalie Tavernier-Dumax

Université de Haute-Alsace (UHA)

Florence Burgat

INRAE - Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement