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Description

Les découvertes scientifiques de ces dernières décennies ont changé notre regard sur les autres animaux. Il en découle des questionnements sur nos relations avec eux, aujourd'hui et demain. Ce parcours vous apporte des repères pour vous permettre de vous situer sur ces questions de plus en plus discutées et débattues.

Mobilisant une grande diversité d'experts, issus d'horizons variés, il est organisé autour de trois axes :

  • Les animaux : approches des sciences biologiques, humaines et sociales
  • Des animaux et des humains : représentations d'hier et d'aujourd'hui
  • Vivre demain avec les animaux

 

Deux niveaux de difficulté sont proposés selon les contenus de ce parcours : le niveau "Débutant" s'adresse aux apprenants de niveau Bac à Bac+3 (Licence), tandis que le niveau "Approfondi" est plutôt destiné aux apprenants de niveau Master et +.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification
  • Paternité

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3
  • Bac+4

Thèmes

  • Ecosystèmes et biodiversité

Types

  • Parcours thématique

Mots-clés

éthologieanthropologiebien-être animalrelation homme-animal
  • Préserver la biodiversité demain
  • S'inspirer du vivant
  • Introduction à l'éthique animale
  • Introduction au droit animal
  • Vivre demain avec les autres animaux : le témoignage d'un député français
  • Les relations humains-prédateurs en France
  • Quelle valeur donner aux animaux vivants ?
  • Nous et les autres animaux demain : approche philosophique
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Justine Roulot, Ancienne conseillère biodiversité au sein du cabinet du ministre de la transition écologique et solidaire

Je vais vous parler aujourd’hui des relations entre les grands prédateurs et les humains sur le sol français. De quoi on parle ? On a trois grands prédateurs en France : le loup, le lynx et l’ours, trois espèces que l’humain a tenté d’éradiquer, voire a éradiqué pendant quelques siècles pour certaines d’entre elles. Ce sont aujourd’hui des espèces protégées parce qu’elles sont soit en danger, soit en très mauvais état de conservation. On observe un retour progressif de celles-ci depuis à peu près vingt à quarante ans. Ce retour a été plus ou moins aidé par les réintroductions qui ont pu être réalisées, notamment pour l’ours et le lynx. Le loup est revenu naturellement d’Italie. Aujourd’hui, 500 individus sont concentrés dans le quart sud-est de la France. Pour l’ours, une quarantaine d’individus se trouvent uniquement dans le massif des Pyrénées. Pour le lynx, une centaine d’individus est présente à la fois dans le Jura, mais aussi dans les Vosges et les Alpes.

La coexistence entre ces espèces, entre ces prédateurs, a toujours été très difficile avec les humains, notamment à cause des attaques de ces animaux sur les troupeaux de moutons. Mon propos, dans cette vidéo, se concentrera sur le cas du loup parce qu’il concentre la majorité des difficultés. Il faut savoir qu'aujourd'hui, on a depuis quelques années en moyenne 10 000 brebis tuées par an par la population loup. Pour l’ours ou le lynx, on n’est pas du tout sur le même ordre de grandeur, on est entre 100 et 300 animaux tués.

Cette cohabitation est difficile. Pourquoi ?

• Tout d’abord parce qu’il y a une déshabituation, en quelque sorte, des éleveurs, des bergers et des acteurs du territoire dans leur ensemble, à vivre avec ces animaux depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles. La conséquence, c'est quoi ? Premièrement, les troupeaux sont plus vulnérables parce qu’ils ne sont pas protégés ou peu protégés. On a une domestication du mouton, au fil des siècles, qui l’a rendu de moins en moins capable de se défendre, si on compare à son ancêtre, le mouflon. Et on a une méconnaissance du comportement de ces animaux dans le système agropastoral, ce qui provoque une difficulté à faire face à cette prédation. Tout ça entraîne un bouleversement des modes de production difficiles à gérer pour les éleveurs, qui entraînent des conflits très forts au niveau local.

• On a aussi des attaques, pour le loup, qui peuvent se concentrer dans certains territoires, des phénomènes qu’on appelle "Overkilling" : c’est quand le loup attaque un troupeau et tue des dizaines de bêtes, alors qu’il n’en a pas besoin pour s’en nourrir. Ce sont des phénomènes qui existent, difficiles à comprendre et à appréhender pour les acteurs locaux, qui créent parfois une détresse psychologique qu’il ne faut absolument pas minimiser, donc des difficultés très fortes localement.

• Au-delà de ces aspects conflictuels et cette dimension sociologique forte, il y a une méfiance envers l’État et les acteurs publics. Les stratégies de désinformation, beaucoup de fausses idées circulent sur le comportement de ces grands prédateurs, parfois une instrumentalisation politique de cet enjeu que représente la cohabitation.

Tout cela n’est pas sans réponse, sans solution, heureusement. Une panoplie de solutions existe et on peut encore en développer. La première, la plus pérenne et que l’on sait être la plus efficace, c’est la généralisation de la protection des troupeaux dans tous les territoires. Celle-ci est efficace au maximum quand elle combine trois facteurs.

Le premier, c’est le gardiennage, c’est-à-dire la présence du berger autour du troupeau. Le second, c’est la présence de chiens de protection pour défendre les animaux. Le troisième, c’est le parcage des brebis de nuit. C’est très important parce que cette généralisation de la protection est clé pour anticiper l’arrivée de ces prédateurs, de ces animaux, dans des nouveaux territoires et faire que les exploitations soient protégées et anticipent cette colonisation.

Il y a aussi des solutions pour compenser la perte économique liée à la perte d’animaux, avec une indemnisation mise en place par l’État.

Pour le loup, dans un cadre dérogatoire, dans des situations bien précises, quand la protection ne suffit pas, quand il y a des attaques répétées auxquelles on a du mal à trouver une réponse, il y a la possibilité de prélever certains animaux grâce à la mise en place d’un plafond annuel sur le territoire, donc des tirs ciblés sur les animaux qui attaquent. C’est important parce que ça peut permettre de baisser la pression de prédation localement et finalement d’apaiser les tensions sociales dans certains territoires. Ces prélèvements doivent se faire sans remettre en cause la viabilité de l’espèce sur le territoire, en assurant un seuil maximum qui s’appuie sur les recommandations des scientifiques. Les tirs doivent être privilégiés sur des animaux qui posent problème. Il n’y a pas vraiment d’intérêt à tuer des loups au hasard, qui peuvent être des loups qui n’attaquent pas, voire qui provoquent une désorganisation sociale d’émeutes, qui peuvent provoquer des mouvements d’individus et de populations, et au final, aggraver le nombre d’attaques plutôt que de réduire. C’est aussi un point très important.

Tout cela s’accompagne d’un besoin de connaissance, d’une meilleure compréhension du système. Beaucoup de fausses idées circulent. C’est important d’objectiver les choses et de s’appuyer sur une base scientifique solide et des connaissances de terrain. Pour cela, il faut développer ce qu’on appelle les études de cas et étudier les interactions qui se passent réellement sur le terrain entre les prédateurs, les troupeaux et les chiens de protection. C’est fondamental.

Enfin, je terminerai sur la dimension sociale en disant que pour réduire les conflits et restaurer le dialogue quand il est rompu, c’est important d’être dans une transparence complète entre tous les acteurs, de partager toute l’information disponible et de mettre en place des médiations territoriales qui permettent de trouver des solutions locales adaptées aux problématiques en question.

La prédation sur les troupeaux par ces grands mammifères, c’est un problème qui en cache un autre. Ces animaux sont parfois considérés comme des boucs émissaires, alors qu’il y a d’autres problèmes auxquels fait face la filière, notamment des problèmes économiques en lien avec le marché mondial. L’agneau néo-zélandais qui vient de l’autre bout du monde est vendu beaucoup moins cher que l’agneau français : c’est un problème de compétitivité pour la filière française.

Il me semble qu’il y a deux leviers clés pour changer la donne. D’une part, le développement de politiques économiques fortes qui puissent soutenir le pastoralisme ovin en France et faire qu’il perdure dans nos montagnes. Cela veut dire un vrai plan de soutien à mettre en place par le ministère de l’Agriculture avec l’ensemble des acteurs concernés.

Le deuxième levier, c’est le rôle des consommateurs. Par leur portefeuille, les consommateurs peuvent aussi jouer un rôle. En achetant de l’agneau français, en acceptant de payer un peu plus cher, ils peuvent soutenir des pratiques d’élevage qui permettent d’assurer l’avenir du pastoralisme dans nos territoires, mais aussi de préserver les alpages et la vie sauvage qu’ils abritent. C’est vraiment un point clé. C’est un petit message adressé aux consommateurs qui peuvent éventuellement nous regarder.

Je terminerai mon propos sur un point clé, c’est que ces espèces jouent un rôle fondamental pour le fonctionnement des écosystèmes, pour leur résilience. C’est important que collectivement, on comprenne que l’humain ne peut pas s’extraire du vivant. On ne peut pas avoir des positions extrêmes avec d’une part, certains qui disent qu’il n’y a pas d’impact sur le pastoralisme, il faut faire avec et c’est tout, et d’autre part, d’autres acteurs qui disent : "On ne veut pas vivre avec le loup. On ne veut pas vivre avec l’ours. On ne veut pas vivre avec le lynx. La montagne est à nous." Il y a besoin d’une prise de conscience collective, que ce territoire est commun et doit être partagé. C’est vraiment un prérequis indispensable pour trouver des solutions qui permettent une cohabitation efficace sur le long terme.

Contributeurs

Guillaume Lecointre

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Sabrina Krief

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Elise Huchard

CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique

Florence Brunois-Pasina

CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique

Valérie Dufour

CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique

Joël Meunier

CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique

Pauline Delahaye

Société française de zoosémiotique

Marilyn Beauchaud

Université jean Monnet Saint-Etienne

Joséphine Lesur

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Emilie Dardenne

Université de Rennes 2

Jean Trinquier

Ecole Normale Supérieure (ENS/PSL)

Eric Baratay

Université Jean Moulin Lyon 3

Claude Béata

Georges Salines

Nicolas Césard

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Béatrice Laffitte

Xavier Boivin

INRAE - Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement

Richard Dumez

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Michel Saint-Jalme

MNHN - Muséum national d'Histoire naturelle

Gilles BOEUF

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Cédric Sueur

Université de Strasbourg (UNISTRA)

Justine Roulot

Ministère de la transition écologique

Nathalie Tavernier-Dumax

Université de Haute-Alsace (UHA)

Florence Burgat

INRAE - Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement