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Description

Céline Charveriat, directrice de l’Institut des Politiques Européennes de l’Environnement (IEEP), évoque dans cette vidéo l'appropriation des Objectifs de Développement Durable (ODD) par l'Union européenne (UE). Malgré la convergence des principes entre les ODD et l'UE, elle montre que cette appropriation est aujourd'hui encore globalement assez faible, mais qu'elle pourrait être accrue en 2019, en raison de l'Agenda politique européen.

Niveau

  • Bac+2
  • Bac+3

Langues

  • Français

État

  • Labellisé

Thèmes

  • Objectifs de Développement Durable
  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Licence Creative Commons

  • Pas de modification
  • Partage des conditions à l'identique
  • Paternité
  • Pas d'utilisation commerciale

Nature pédagogique

  • Animation
  • Cours

Types

  • Grain audiovisuel

Mots-clés

ODDobjectifs de développement durable

Contributeurs

Céline Charveriat

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Faire des ODD le fil rouge de la nouvelle Europe

Céline Charveriat, Directrice de l’Institut des Politiques Européennes de l’Environnement (IEEP)
 

Comment faire des Objectifs du développement durable le fil rouge de la nouvelle Europe ? Les ODD sont un agenda profondément européen, d'abord parce qu'il y a des principes fondamentaux très similaires à ceux de l'Union européenne : le multilatéralisme, la liberté des échanges, la démocratie, l'État de droit, la protection de l'environnement, l'économie de marché sociale et un universalisme. On voit qu'il y a un très fort contraste aujourd'hui avec d'autres agendas sur la scène internationale : le protectionnisme, l'isolationnisme, on pense au président Trump, le mépris du droit international, du côté de la Russie notamment, l'exploitation à tout-va des ressources naturelles ou une croissance de l'autoritarisme en Europe.

Et pourtant cet agenda peine à être mis en œuvre en Europe. On a une forte ambition du Conseil européen, mais qui ne se voit pas vraiment dans les faits, des actions inégales au niveau des États membres, des désaccords au sein de la Commission européenne et un Parlement européen franchement aux abonnés absents. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ça veut dire que le président Macron et Angela Merkel, par exemple, parlent très peu des Objectifs de développement durable alors qu'ils parlent beaucoup de l'accord de Paris. Quand on regarde l'état des lieux sur la mise en œuvre, Eurostat, l'organisme statistique de l'Union européenne, a publié un rapport qui regarde toutes les différentes dimensions des Objectifs du Développement durable. Mais seulement, leur constat a été assez critiqué parce que selon eux, on a un progrès modéré dans le meilleur des cas et très bon dans d'autres cas. Si on regarde des sources indépendantes, elles arrivent à des conclusions très différentes.

Si je prends l'exemple de l'ODD 12 qui est sur la production et la consommation durable, selon Eurostat, la croissance européenne peut continuer sans épuiser les ressources naturelles. On a réussi à découpler la croissance avec l'utilisation des ressources naturelles. En revanche, d'autres sources diront : "non, c'est simplement parce que l'on n'a pas pris en compte les exportations et les importations de l'Union européenne". Si on le fait, on voit qu'on est tout à fait dans le rouge.

Au niveau du Conseil européen, donc les chefs d'État et les États membres, je vous l'ai dit, des recommandations ambitieuses ont été énoncées avec une volonté d'une stratégie de mise en œuvre, une volonté d'une stratégie de surveillance et de contrôle sur les progrès et un groupe de travail qui a été mis en place.

Malheureusement, pour l'instant, cela n'a pas mené à plus d'ambition du côté de la Commission européenne. La Commission européenne, qui a un grand pouvoir puisque c'est elle qui a tous les services de la bureaucratie européenne à sa disposition, a fait une communication officielle en 2016 qui faisait simplement état de ce qu'elle avait déjà fait. En gros, les ODD, on le fait déjà, on n'a pas besoin de faire grand-chose d'autre. Il y a bien eu une création d'une plateforme de discussion multiacteurs avec les autorités locales, les ONG et les entreprises et on nous annonce un document de réflexion pour la fin 2018, mais toujours pas de stratégie de mise en œuvre.

Quand on regarde du côté du législateur, le Parlement européen, il y a bien eu un rapport sur les ODD, comment est-ce qu'on peut les mettre en œuvre au niveau européen. En revanche, les ODD ne font toujours pas l'objet d'un groupe intercomité. Comme d'habitude, on pense que les ODD, c'est pour le domaine de l'environnement, c'est pour le domaine du développement, ça n'a rien à voir avec tous les domaines plus économiques et sociaux. Le Parlement n'a pas cette approche pour l'instant. On le voit très bien dans les dossiers négociés en ce moment à l'échelon européen, pour la politique agricole commune ou pour le budget. On n'a pas de stratégie du Parlement européen pour rendre plus opérants les principes des Objectifs du développement durable à l'intérieur de ces discussions.

Comment changer la donne ? Comment placer les ODD au cœur de l'agenda européen ?

On a de multiples opportunités en 2019, qui est une année clé.

  • D'abord, parce qu'il y a des débats sur l'avenir de l'Europe. Il y aura un sommet des chefs d'États européens quand l'Angleterre sera partie, au début de l'année 2019, où les chefs d'États européens doivent dire quelle est notre vision de l'Europe pour les dix prochaines années. C'est un moment clé.
  • Un autre moment clé, c'est l'Assemblée générale des Nations unies : il y aura un moment spécifique pour les chefs d'État et on va regarder la mise en œuvre dans les quatre dernières années. C'est un moment très important également puisque le Conseil européen a demandé à la Commission de soumettre un rapport à cette Assemblée générale des Nations unies dans le cadre du Forum politique de haut niveau sur les ODD.
  • Nous avons les élections parlementaires européennes qui pourraient s'emparer de cet agenda pour éclairer les discussions avec les électeurs.
  • Nous avons la présidence finlandaise de l'Union européenne, sachant que la Finlande est un pays qui a vraiment mis en place une stratégie très sérieuse de mise en œuvre des ODD.
  • Et très important, la prochaine Commission européenne qui sera peut-être plus à même de mettre en œuvre les Objectifs du développement durable.

Une dernière idée, on pourrait aussi promouvoir quelque chose de totalement différent. Je vous ai parlé d'un système de gouvernance où on va du haut en bas, qui irait de bas en haut : on appelle ça un ruissellement vers le haut. Donc, partir de ce qui se passe sur le terrain. Il y a un sixième scénario sur l'avenir de l'Europe qui a été développé par 250 organisations de la société civile à travers toute l'Europe. On voit un activisme de certaines villes, de certaines régions, par exemple la région Île-de-France, un fort intérêt des entreprises européennes, j'en citerai une comme Unilever, des collaborations interdisciplinaires entre chercheurs qui sont en train de se mettre en place, et enfin une participation des citoyens et des consommateurs à inventer, sachant qu'on aura des conventions citoyennes pour discuter de l'avenir de l'Europe au niveau des citoyens et qu'on pourrait encourager les maires et les communes à informer les citoyens et leur demander leur avis sur les Objectifs du développement durable.