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Description

Ce MOOC 2E2D est complémentaire au MOOC « Environnement et développement durable » produit et coordonné par UVED en 2015. Ce premier MOOC portait sur les connaissances de base, les fondamentaux du domaine et était à destination particulièrement des étudiants pour favoriser le continuum bac-3/bac+3.

Le deuxième MOOC qu’UVED propose porte quant à lui sur les compétences. Il est prioritairement à destination des enseignants du primaire au supérieur et se veut plus opérationnel. La dernière semaine du MOOC « Environnement et développement durable » introduisant ces questions, ce MOOC 2E2D assure donc une forme de continuité permettant aux enseignants d’éduquer à l’E2D et d’intégrer le développement durable dans leur projet d’école.

État

  • Labellisé

Langues

  • Français

Licence Creative Commons

  • Partage des conditions à l'identique
  • Pas d'utilisation commerciale
  • Pas de modification
  • Paternité

Mentions Licence

  • Sciences de l'éducation

Nature pédagogique

  • Cours

Niveau

  • Bac+1
  • Bac+2
  • Bac+3
  • Bac+4
  • Bac+5

Thèmes

  • Education à l'environnement et au développement durable
  • Institutions, acteurs, sociétés et territoires

Types

  • Parcours thématique

Mots-clés

actions d'éducation environnementaleéducation à l'environnementdéveloppement durable
  • La pédagogie par projet
  • Un exemple de mise en œuvre de la pédagogie par projet à l'école primaire
  • Un exemple de mise en œuvre de la pédagogie par projet dans l'enseignement secondaire
  • L'objet FABuleux, un exemple de pédagogie par projet
  • Les questions socialement vives et les controverses
  • Traiter les questions socialement vives à l'école primaire : le conte, déclencheur du débat
  • Un exemple de mise en œuvre des controverses dans l'enseignement secondaire
  • Un exemple de mise en œuvre des controverses dans l'enseignement supérieur
  • Le débat et les discussions à visée philosophique
  • Un exemple de mise en œuvre de la discussion à visée philosophique à l'école primaire
  • La discussion à visée philosophique en lycée
  • Le débat et les discussions à visée philosophique dans l'enseignement supérieur
  • Fondements de la pédagogie critique
  • Exemples de mise en œuvre de la pédagogie critique
  • Stratégie pour une démarche globale en éducation à l'environnement et au développement durable à partir de l'exploration du milieu de vie
  • Qu'est-ce qu'une enquête ?
  • Mettre en œuvre la pédagogie de l'enquête en éducation au développement durable
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Jean Simonneaux, Professeur, ENFA

Les Questions Socialement Vives (que nous utilisons avec l'acronyme Q.S.V.), constituent aujourd'hui des questions émergentes qui suscitent de nombreux débats dans notre société. Les réponses à ces questions sont un enjeu important pour l'avenir de nos sociétés et de notre monde.

Les questions qui font débat en lien avec la nature et notre environnement sont nombreuses. Certaines suscitent parfois de vives oppositions dans lesquelles peuvent se cristalliser des prises de position, des combats voire des désobéissances civiles.

    On pourrait citer et revenir sur les luttes contre les OGM, contre le nucléaire, on pourrait citer également la mal bouffe de José Bové ou bien encore les arracheurs d'OGM. Il existe de nombreux autres exemples de questions, de controverses autour de questions liées à l'environnement, liées à la pollution, à la protection des paysages.

    Plus récemment, les questions autour du barrage de Civens, autour de l'aéroport de Notre-Dame des Landes ou bien les questions de la Ferme des 1000 vaches sont une illustration de ces questions de société - et donc qui ne sont pas propres à la France d'ailleurs -, et dont les réponses ont du mal à se construire et à trouver des portes de sortie.

Donc, quelles sont ces Questions Socialement Vives environnementales liées au développement durable ? Elles peuvent être rattachées à une diversité de champs :

-    Donc il peut s’agir de questions agricoles (les OGM, les différentes formes d'agriculture : l’agriculture biologique, l’agriculture biodynamique, l’agriculture de précision) ;

-    La question des algues vertes en Bretagne est un autre exemple ;

-    La question de la réintroduction des ours dans les Pyrénées ou, aujourd'hui, l'arrivée du loup de manière massive ou encore la question de la disparition des abeilles ;

    Sont des questions qui suscitent des controverses, des difficultés, on ne sait pas ce qui se passe exactement, on a du mal à faire le contour et à trouver des solutions sur ces questions.

-    Également des questions énergétiques (les agro carburants, les gaz de schiste, le nucléaire, l’éolien).

-    Ou des questions de santé (on a tous entendu parler du bisphénol A ou des effets des ondes téléphoniques).

Certaines de ces questions recouvrent l'ensemble des champs :

-    L’exemple des nanotechnologies est un exemple qui a des conséquences aussi bien dans le champ de l'énergie que sur les questions de santé voire d'agriculture.

À partir de là, on peut s'interroger sur quelles sont les caractéristiques des Questions Socialement Vives ?

    Ce sont des questions qui sont porteuses d'abord de controverses et d'incertitudes, c'est-à-dire que les argumentations scientifiques elles sont nécessaires mais elles sont insuffisantes pour trouver un accord sur l'état de la question et trouver des solutions.

    Ce sont des questions aussi qui sont porteuses de risque, c'est-à-dire qu'on a du mal à évaluer, on ne sait pas évaluer quelles sont les conséquences de ces problèmes sur notre environnement, sur notre environnement naturel, social et économique.

    Il y a des enjeux importants derrière.

    Ce sont également des questions complexes, interdisciplinaires, ce ne sont pas que les sciences que l'on a d'habitude d’appeler expérimentales qui sont concernées, ce sont aussi les sciences sociales, ce sont aussi des questions d'éthique, de philosophie, des questions politiques. 

    C'est admettre qu'en ayant des conséquences économiques et sociales, ce sont finalement des questions citoyennes.

    De plus, ces questions sont ce qu'on qualifie de questions situées. C'est-à-dire qu'elles sont contextualisées à un contexte historique, spatial, social, qui font qu'elles ne sont jamais totalement reproductibles à l'identique.

    Il n'existe jamais une seule solution unique pour ces questions-là.

    L'exemple du loup est quelque chose d'intéressant parce que la question du loup elle existe par exemple en Suède et en France. Mais à chaque fois le contexte fait qu’effectivement les problèmes ne sont jamais totalement comparables et en plus, sur toutes ces questions à chaque fois, on a une médiatisation très forte avec souvent des effets de dramatisation qui font que la concertation est rendue aussi difficile.

Du coup, quels sont les raisonnements qui peuvent être déployés pour répondre à ces Questions Socialement Vives environnementales ?

    Tout d'abord, il faut insister de s'interroger dans ces raisonnements sur le processus de fonctionnement des sciences et de production des savoirs.

    Le couple progrès et science ou technoscience n'est plus un couple idéal qui fonctionne. 

    BECK, Ulrich BECK, un sociologue allemand, nous démontre bien que la science certes, elle est nécessaire et elle produit des avancées, mais en même temps en avançant elle produit de nouveaux risques en faisant des avancées sur le nucléaire, en fait la science elle a créé de nouveaux risques et cette perception des risques, c'est aussi un des éléments d'analyse du raisonnement.

    Marie DOUGLAS, une sociologue anglo-saxonne, nous a bien montré que la perception des risques varie selon les individus. Certains sont plus risquophobes ou risquophiles et cette perception des risques elle varie en fonction des cultures, des individus. Il y a un impact culturel sur cette perception des risques.

Du coup, dans ce raisonnement, on va aussi insister sur les dynamiques d’acteurs puisqu'on a une multiplicité d'acteurs qui sont engagés sur ces questions-là, puisque dans les savoirs mobilisés, on n'a pas seulement des savoirs scientifiques mais on a aussi des savoirs locaux, sociaux, professionnels. 

    Du coup par exemple sur la question des abeilles, et bien aussi bien les apiculteurs que les agriculteurs ou les firmes agrochimiques sont concernés autant que les chercheurs. 

    Et du coup la constitution de ces réseaux, on peut penser aux travaux de Bruno LATOUR sur les réseaux d'acteurs, sur les cartographies de controverses, permettent de déterminer quels sont les enjeux et les intérêts de ces différents acteurs pour comprendre les positions.

    Enfin, ces questions ont des dimensions éthiques et axiologiques importantes du coup ça veut dire que ce sont des questions citoyennes : sur quel monde on veut, quel monde on souhaite, quelle société on a envie, pour laquelle on va combattre et du coup ces questions sont aussi des questions politiques.

    S'interroger sur la régulation, sur la gouvernance dans une société de ces questions : comment vont se construire les interactions entre les gens pour essayer de trouver des voies de sortie, de solutions, est un élément important.

Du coup nos enjeux éducatifs sont en tension entre d'un côté un apprentissage scientifique que nous, sur les Questions Socialement Vives, on appelle un apprentissage qui est plutôt refroidi.

    Les controverses sont peu émergentes à ce niveau-là puisqu'on est souvent sur des concepts scientifiques qui sont nécessaires. 

    Et puis, plus on va vers un autre pôle qui serait plus d’une citoyenneté scientifique où là du coup les questions plus complexes de raisonnement, de philosophie, d'éthique, sont des éléments importants qui vont induire qu’on met plus d’interactions, plus de débats, dans le processus de formation et d'instruction qu'on fait, et d’enquête sur ces questions-là finalement pour arriver à promouvoir, à aider à une prise de décision des individus.

    Du coup, les enjeux éducatifs sont variables sur ces prises de position puisqu'on a une intensité dans l'engagement.

    Les Anglais parlent d’empowerment sur la capacité des individus à se saisir des questions depuis une motivation, l’implication, l’engagement pour aller jusqu'à l'activisme, jusqu'au militantisme parfois, sur une diversité de dimensions de l'engagement qui peuvent être l'intention d'agir, qui peuvent être la dimension collective, qui peut être aussi une dimension critique.

    Est-ce qu'on peut avoir un militantisme, est-ce qu’il nécessite aussi une dimension critique ?

Et donc, finalement, pour nous les questions, ces enjeux environnementaux qui émergent dans des Questions Socialement Vives qui peuvent apparaître dans une première approche presque des questions d'actualité diverses, derrière se cachent de nombreux enjeux épistémologiques, économiques, sociaux, politiques, citoyens, éthiques et la réponse à ces questions constitue des enjeux majeurs sur lesquels il faut former les gens pour construire notre société de demain et le monde et la manière dont il peut se réguler.